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4
sur 5

C’est en Allemagne que les musiques électroniques se régénèrent, expérimentent et ouvrent de nouvelles perspectives. Il serait inexact de parler d’une scène allemande. Non, des quantités de familles musicales fourmillent, se rencontrent et marient leurs enfants. Parmi elles, il y a Ladomat, un label né en 1994 à Hambourg et qu’une étiquette journalistique ne suffirait à présenter. Souvent dancefloor, parfois pop, toujours simple et spontané, le label fête aujourd’hui le cap de ses 100 sorties et en profite pour nous livrer une compilation double CD. Pas vraiment un Best of, Ladomat 100 présente titres inédits et du passé ou d’autres réalisés par des amis de la famille. Ladomat se distingue par un son léger et déglingué (il sera plus grave sur la division Dial). Car ici, on ne passe pas des heures à peaufiner la texture inédite ou le son improbable. Avec boites à rythme et mélodies brutes, on privilégie surtout un aspect ludique. Il s’agit plus de regarder les étoiles plutôt que de réveiller des démons abyssaux.

Sommairement, cette compilation se distingue en quatre parties : le premier volume s’aborde en minimal house et se finit dans des approches pop, le second reprend dans des expériences plus bleep et se conclue à nouveau dans une minimal house euphorique. La minimal house, ce serait de la house qui aurait perdu de son disco et de ses paillettes, mis ses voix en veilleuses, trouvé un minimalisme plus techno et une déviance plus expérimentale. Dans le genre, Ladomat nous sert Golden Boy. Extrait d’un premier album inégal mais plaisant, 1234 est un petit tube joyeux narré par l’amusante -mais avec qui ne chante-t-elle pas ?- Miss Kittin. Plus bourrin mais tout aussi récréatif, Suguru Kusumi s’amuse et nous fait patienter avant un premier album prévu pour l’année. Mais Ladomat n’a pas que du bon : la seconde partie du premier CD aborde un virage plus pop et chanté, et le rate carrément. La légèreté -charme premier du label- s’effondre dans une lourdeur gênante. On chante mal, on joue mal et on ne rigole pas, Jan Gazerra et Erobique s’avèrent particulièrement mauvais. De quoi nous freiner dans nos éloges. On préfèrera nettement le délicat mélange de résidus dub-pop-house du duo Sensorama ou les grincements minimaux de Gucci (alias Ricardo Villalobos et Tobi Neumann du label des Chicks On Speed !).

Des amis appelés sur cette compilation, on croisera alors Console avec Where is my dog : petit tube techno sautillant à la mélodie gentille et naïve, touchante et entêtante. Il y aura aussi Grom, du label munichois Disko B. Michelle Grinser et Eugene Tarran se lance dans un exercice electro 80’s des plus réussis : un morceau fait comme ça, accrocheur et immédiat, ce n’est pas parce qu’on fait de l’électronique qu’on ne sait pas utiliser deux trois ficelles pop. Borneo & Sporenburg, eux, vont vite et manquent parfois de consistance. Du label Italic ils amènent une comptine house et minimale aux sons bruts et directs, extrait d’un premier album à venir en février 2002. Parrain d’une famille plus dure, plus techno, Heiko Laux (boss du label Kanzleramt) présente ici une fine orientation mélodique : très deep, très onirique, Tangoamt est une jolie ballade instrumentale, calme et mélancolique. Et on conclura avec le meilleur, avec l’apparition de The Customers. Le duo sert une techno sombre et hargneuse, qui transpire le punk, ou un époustouflant mélange de rage et de je-m’en-foutisme à l’image d’un chant mi-plaintif mi-alcoolo (Goodbye Internet). Au final, voici donc une compilation inégale mais attachante, un album de famille dont on voudrait gommer certains cousins, et marier nos amies à d’autres.