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4
sur 5

Comae est la rencontre de deux artisans essentiels et très réputés des musiques expérimentales, Robert Hampson de Main et l’architecte platiniste Janek Schaefer. Le premier a, à l’instar de son cousin Sonic Boom, énormément oeuvré pour l’évolution des franges les plus expérimentales de l’indie rock jusqu’à complètement en oublier ses diverses composantes (d’abord avec Loop, puis avec Main, qui aura fait les grandes heures de Beggars Banquet avec son classique post-ambiant Firmament) ; le deuxième a beaucoup fait parler de lui ces dernières années en sortant deux disques remarquables sur Fat Cat et Kraaak 3, sur lesquels il exploitait notamment les possibilités de sa « triphonic turntable », une platine à trois bras de son invention. Leur rencontre, scellée par un très signifiant nom-de-disque -preuve que l’entité du duo est indépendante de la renommée respective de ses deux moitiés et que l’on n’a pas affaire à une simple rencontre de « stars » des musiques expérimentales mais bien à une expérience sonore inédite-, est tout simplement magistrale.

Hampson et Schaefer extirpent de leurs moyens lo-tech respectifs (guitare, pédales multi-effets, platines) des matières sonores passionnantes et très contrastées, qu’ils échafaudent en des symphonies minimales et abstraites. Difficile de savoir ce qui ici ou là est improvisé ou composé, joué en temps réel ou post-produit. Mais au final, on s’en fiche un peu, et on se laisse pénétrer et presque absorber au sein de ces climats nuageux d’où émergent çà et là des événements soniques délicatement et savamment déposés. La matière première de Comae est le silence, que le duo polit et caresse jusqu’à faire naître textures et trames spectrales, flux et reflux, boucles évanescentes aux contours incertains, qui investissent doucement l’espace sonore, chacun leur tour, parfois à l’unisson, parfois de manière dissonante et conflictuelle. Des mini-ballets électriques se font et se défont, que Hampson et Schaefer placent et déplacent au premier ou au second plan, s’emparant des sons comme d’autres d’objets ou de personnages. Modems défectueux, crissements abstraits, échos de vent ou de sable que l’on effleure, petites ritournelles d’un autre âge signifiées par un piano (Pavane) ou des échos de cloches (Induration) -Comae investissent l’espace, mais à aucun moment n’oublient la charge émotionnelle des sons qu’ils utilisent et les manipulations qu’ils leur font subir. L’expérience est tout autant cérébrale que sensuelle.