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4
sur 5

Chacun connaît la triste vie de l’amateur de « hip-hop underground » : acheter chaque mois deux ou trois magazines, rédigés le plus souvent en langue étrangère, afin de n’y lire que deux pages écrites petit (la rubrique Singles), faire de même sur deux ou trois sites Web à l’habillage minimaliste, se déplacer dans des magasins spécialisés qui ne vendent pas de CDs, écouter vingt disques au casque pour n’en prendre que cinq, tout ça pour chez soi ne jamais connaître le plaisir d’écouter 70 minutes de musique non-stop -le bras du tourne-disque revenant à sa place toutes les 10 minutes). C’est pourquoi il n’y a pas beaucoup d’amateurs de hip-hop underground (moins, en tous cas, que de fans de Snoop Dogg).

Fat Beats, qui est au rap indie ce que Rough Trade fut pendant longtemps au rock indie -un réseau de distribution de nombreux petits labels, adossé à plusieurs boutiques pointues (à NY, LA et Amsterdam)- a décidé de remédier à cette situation, en s’adressant à ceux à qui n’ont pas forcément accès au « hip-hop underground » : c’est-à-dire tous ceux qui n’achètent pas de maxis vinyle. Poursuivant dans la ligne de la première Fat beats compilation, le label propose donc avec ce Volume 2 un panorama de la production américaine récente, qui permettra au néophyte d’écouter certains des meilleurs morceaux des dernières années, et à l’amateur de compléter les trous de sa collection ou d’entendre quelques inédits. Le produit est à la hauteur de la réputation et du catalogue de Fat Beats : éclectique dans sa sélection géographique (les scènes de NY, LA, San Francisco dominent évidemment, mais on passe également la frontière nord pour aller voir les Swollen Members, en s’arrêtant en chemin chez Common à Chicago), dans les générations représentées (des vétérans Just-Ice et Big Daddy Kane au presque bizuth Encore) et dans les styles (quoi de commun entre l’impressionnisme electro-jazz de Madlib, deux fois représenté ici, et l’esthétique thug life des Infamous Mobb, représenté ici par Twin ?), le disque est un reflet fidèle de la diversité du hip-hop qu’on trouve dans les bacs des boutiques Fat Beats.

On y trouve ainsi bon nombre de morceaux fidèles de cette simplicité « two turntables & a mike » autrefois célébrée par Black Moon : le certifié classique Tried by 12 des East Flatbush Project, All out de Massinfluence et son imparable boucle de piano, l’inoffensif mais amusant Different worlds, où Alchemist feat. Twin rejouent une version hip-hop du générique d’Amicalement vôtre, et même cette réunion de Just-Ice et Big Daddy Kane, dont l’affiche sentait la pathétique réunion d’anciens combattants jusque dans le New Jersey, et qui, servie par des beats de Primo, sonne étonnamment juste.

Le disque offre également quelques plaisirs laid-back, au premier rang desquels on trouvera l’impeccable Come on feet produit par Madlib, qui marqua le retour de son alter-égo mauve Quasimoto l’année dernière (à noter également son excellente -et inédite- production pour Wildchild), mais également le Live from Pimp Palace de J-Zone, l’inédit My songs et son intro old school des trop discrets Atmosphere ou encore le turntabliste Murder faktor de D-Styles. Suffisamment de bons morceaux, et suffisamment variés, pour faire oublier les quelques titres moins enlevés (un petit Common, Phil da Agony plutôt poussif avec les Dilated Peoples, l’assez terne Rise & shine de Edo G) et les dispensables interludes de Dj Jab et J Marty.