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4
sur 5

Lex Records, label frais fondé et co-dirigé par ces messieurs de chez Warp. Lex Records, nouvelle sensation outre-Manche, recruteur de quelques petites pépites extravagantes comme Lexoleum Tile two (Peaches, Edan, Subtle…) et hébergeur du crew californien Disflex6 et de Monsieur Bryan Hollon aka Boom Bip (human beat box, ex-rockeur indie et sampleur humanoïde qui nous vient de Cincinnati). Après avoir égrenées quelques maxis ici et là (Doo doo breaks sur Mush Records par exemple) ainsi qu’une pincée de remixes (Daddy’s car pour Jamie Lidell ou No more mosquitoes pour Four Tet), Boom Bip lance dans les bacs hexagonaux Seed to sun (la France n’arrive pas en fin de liste pour une fois), véritable premier opus solo du petit chouchou des backpackers et autres blanchettes en mal de hip-hop. Blanchettes vous avez dit blanchettes ?

Point de rappeurs sur Seed to sun, exceptés sur Mannequin hand trapdoor I reminder, où le duo Boom Bip & Dose One se retrouve le temps d’un titre excellent, qui propulse la voix nasillarde de Dose, en pleine forme (à quoi carbure-t-il ?). Sur des sons de synthés analogiques épurés et une rythmique sourde et envoûtante, Dose se lâche brillamment pour expulser ses poèmes rapologiques en mode fast forward, retombant sur la rythmique et chantant en accord parfait avec les diverses sonorités que lui échange Boom. On plane même quelque temps avec lui sur les passages hypnotiques où il prend une voix enfantine, pour mieux aspirer les riffs et autres arpèges de guitares que lui fait avaler son acolyte. On n’en dira pas autant de Buck 65, qui se perd sur The Unthinkable, un titre raté, où son flow fait penser à du mauvais Mike Ladd sous Fervex, enfermé dans une cave mal sonorisée. Une grosse déception, car pour tout dire, c’est l’un des titres dont on attendait le plus, et c’est le plus foireux de l’album… Shit.

Mais exit les rappeurs et place au hip-hop instrumental, car c’est de cela qu’il s’agit ici. Si l’on excepte la Nippone Nicky Koma, qui vient prêter sa voix sur l’electro-poppy Popsicle (un titre plein de clicks et de cuts qui aurait facilement sa place du côté de chez Warp), Seed to sun creuse des sillons psychédéliques vibrants et évoque parfois les débuts des Beach Boys (sous acide attention), tout en flânant avec le breakbeat raffiné (l’extravagance indolente de U R here). De Heads must roll (une ouverture toute en souplesse qui absorbe des méandres electro de choc) à Last round around manor lake (une outro glitch & hop encombrée d’apesanteur), les prods de Bip sont très léchées et la qualité du son s’apprécie au fur et à mesure que l’on écoute la galette. Ce qui est très notable chez Boom Bip, c’est la façon qu’il a de s’approprier les sons analogiques des 70’s (les synthés torrentueux de Third sun) en les faisant évoluer autour de rythmiques tourbillonnantes. Quelques bémols toutefois, on a souvent l’impression qu’il n’arrive pas à finir ses morceaux et on sent qu’il faudrait quelques ingrédients de plus pour compléter certaines compositions (le fade out en fin de morceau est bien trop souvent au menu par exemple).

On serait tenter de dire que Seed to sun est un bon album de post_rock instrumental (The Use of unacceptable colours in nature), qui vient insidieusement s’incruster dans les bacs hip-hop… Bourré de trouvailles et de beats sautillants (le melting-prog de Closed shoulders est plutôt réussi), de scratches doux et de gimmicks à la Klaus Schulze (Pulse all over, Popsicle), cet opus réussit à surprendre là où Dead ringer avait déçu, à bouleverser la géométrie hip-hop de façon très agréable, sans pour autant révolutionner la donne hip-hop.