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4
sur 5

A la fin des années 80, Philly fourmillait d’artistes hip-hop qui érodaient les microphones et incendiaient des blunts sur de gros beats de TR-808 chauffés à blanc. Loin de L.A et New York, les puissants Mc’s et producteurs made in Philadelphie n’avaient pas froid au yeux, crépitaient du beat hardcore à rallonge et produisaient du son de qualité, pur et dur. Voilà une compilation quasi-parfaite, qui met un coup de projecteur sur ce hip-hop rugueux, tuff, qui ne fait pas de concession. Comme en atteste le fameux Juice crew dis de Cool C, la première « Dis song » envoyé à New York from Philly. Cool C (membre de Philadelphia’s Hilltop Hustlers Crew) s’adresse ici à Marley Marl, Kool G Rap, Big Daddy Kane and co, les envoyant aller se faire foutre en beauté…

Les vétérans Tuff Crew sont présents sur deux plages avec les parfaits My parta town et Let it rip, deux bombes qui n’ont pas pris une ride (extraites de l’impeccable Danger zone). Les auteurs de Back to wreck shop samplent ici Kraftwerk, versifient sur des rythmiques qui cognent, balancent des récits de pitbull mis en boite pour de gros ghetto-blasters… Le grand Schooly-D -auteur du mythique Am I black enough 4 you- pose deux classiques dont les refrains hypnotiques bloquent les tympans (l’ultime Parkside 5-2 et le visqueux Gucci time, qui rappellent que Schooly est un des piliers du gangsta rap, bien avant bon nombre de petits joueurs made in L.A.). Quant à Cool C, le beau gosse braqueur de banque et tueur de flic, aujourd’hui enfermé à vie dans le couloir de la mort, il droppe des titres imparables (Down to the grissle, Juice crew dis). Impossible de rester de marbre. Real Hip-hop ! On s’étonne de bloquer sur pratiquement tous les titres de cette galette, comme sur le légendaire Discombobulator de Mc Breeze, premier morceau à avoir été censuré pour racisme envers la communauté asiatique (le titre est cinglé) ou encore sur les Krown Rulers (Kick the ball), dont les phases rappées, les breaks décalés et les scratches enchevêtrés dans un funk gras semblent sortis d’une platine qui a la fièvre.

Voilà une compilation idéale pour les nostalgiques de cette période volcanique pour Philly (de 1986 à 1990, cette ville a été incroyablement prolifique en matière rapologique), mais aussi pour ceux qui ne connaissent pas ces doyens et qui pensent que le hip-hop de Philly est né avec The Roots. Real hip-hop : old School Style !