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sur 5

Ce disque, une compilation regroupant une douzaine de jeunes artistes français électroniques du label Catalogue, a l’insigne mérite de se faire oublier pendant son écoute. Environ toutes les dix minutes, l’acte originel d’insertion du CD dans la minichaîne est effacé de ma mémoire. Je vérifie machinalement que le tuner est bien branché sur Radio Nova, tout en gardant un œil sur les gnocchis dans le micro-ondes. Cette caractéristique remarquable rend difficile l’expression de l’intérêt d’une telle œuvre. Lequel réside en son absence d’intérêt.

Aucun morceau n’est vraiment dansant. Pas même le Pump’ in it de Télépopmusik, malgré d’avenantes dispositions hip-house-jazz et un refrain réminiscent de Sexy MF. En effet, le son général du CD est curieusement terne, sans vrais basses ni aigus, comme s’il avait été mastérisé sur Atari. Les morceaux éventuellement passables en soirée en pâtissent cruellement.

Si Catalogue 2000 s’avère inapte au DJing, il supporte encore moins l’épreuve de l’écoute active. Nulle invention, nulle musicalité même élémentaire ne s’y illustre. Les morceaux sont tous peu ou prou issus des mêmes procédés et des mêmes échantillons de musiques de films trouvées dans les mêmes brocantes.
Les trois sommets d’audace du disque sont :
a) un fragment de disque cocasse détourné par Czerzinski (levez-vous vite ! venez voir, il y a un bel instrument qui joue sur la route !),
b) quelques mesures de pop lo-fi collées par Bosco au milieu de leur habituel foutoir fumiste
c) un faux départ hésitant (J’y vais là ?) par un Mr Quark qu’on a connu plus ambitieux.
Seule l’existence du couper-coller explique que ces artisans aient pu produire de telles formes sans s’endormir.

J’en étais donc à renoncer à qualifier cet objet, quand mon regard se posa sur sa pochette : une jolie boîte transparente ornée d’un polygone orange autocollant… Tout alors devint limpide : ce disque est destiné à servir de musique de fond dans les agences de graphisme ou chez d’autres créatifs apparentés. Son contenu convient pour meubler l’espace sonore en situation d’écoute très vague, simultanée au dosage de niveaux de cyan, magenta, jaune et noir. La pochette vise directement le public-cible en alimentant le débat sur la rigueur des chartes graphiques chez certains labels électroniques. Le tripotage du boîtier « disagne » finit de confirmer ma thèse : il émet un petit grincement amusant qui constitue le maximum de musicalité active extractible de la chose.