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4
sur 5

Reprazent, le collectif de Roni Size, a réussi une chose très rare : se faire aimer par le grand public tout en demeurant une référence underground. New forms, leur premier album sorti en 1997, constituait un manifeste de la drum’n’bass. Le collectif rassemblait à l’époque tout ce que pouvait offrir la scène anglaise en terme de nouvelles sonorités. Même si la France n’y goûta que du bout des lèvres, la critique musicale rendit honneur à Roni Size et Reprazent en accueillant New forms à bras ouverts.

L’entrée en matière d’In the mode est sans équivoque. Railing PT.2, le premier titre, ne laisse aucun doute sur l’existence d’une marque de fabrique Roni Size. Les trois premières notes permettent à n’importe quel amateur de drum’n’bass de reconnaître la pâte du collectif de Bristol. Les longues plages musicales (pratiquement huit minutes pour certains morceaux) laissent au maître et à ses acolytes l’occasion de placer de vraies variations rythmiques, des « cuts », ainsi que des envolées lyriques. L’esprit de l’album est marqué par le désir de ne pas laisser l’auditeur dans un état léthargique, passif. Le morceau Lucky pressure nous emmène sur des terres de contraste, où la voix de Onallee, la chanteuse, vient adoucir les rythmes stridents de Roni Size grâce à un timbre de voix soul. Avec Dynamite, le MC, ils accompagnent les lignes de basse tout en les respectant. Le résultat : un équilibre sonore parfait entre voix et beats. Sur Ghetto celebrity, on retrouve Method Man, dont on aurait pu attendre une prestation très empreinte du style Wu-Tang Clan, alors que le rappeur s’est imprégné de la philosophie du collectif anglais. Le titre est harmonieux. On regrettera le passage éclair de Rahzel -à peine 2 minutes 30 où le membre des Roots joue à l’homme orchestre avec comme unique instrument ses cordes vocales. Zack de la Rocha, chanteur de Rage Against the Machine, a droit, lui, à une large place à la fin du disque. Le début de sa prestation laisse plutôt dubitatif. On se demande même s’il ne serait pas opportun de se saisir de sa télécommande. Au bout de deux minutes, un break lui donne un second souffle. Le manque d’harmonie s’efface au profit d’un style fusion/ragga qui finalement se tient.

Si In the mode marquera forcément moins les esprits que New forms (l’effet de surprise étant passé depuis longtemps), il n’en reste pas moins que cet album explore un courant musical qui n’a toujours pas dit son dernier mot.