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2
sur 5

Aux éternels défaitistes qui se lamentent sur l’avenir d’une musique qu’ils aiment à défaut de se donner la peine de l’écouter, on proposera ce premier album autoproduit d’un jeune quartet dont le nom n’indique en rien l’origine parisienne et qui prend place en deux compacts (on ne fait pas les choses à moitié !) et de nombreux mois de présence scénique (Sunset, 7 Lézards, Caveau des Oubliettes ou Salon de la musique) parmi les formations hexagonales à suivre de près. Union Square Group réunit Guillaume Simon (saxophoniste ténor, 26 ans, dont les états de service mentionnent, entre autres, une première partie d’un concert de Santana), Christophe Villalba (piano et orgue, 31 ans), Lahcène Larbi (contrebasse, 26 ans) et Jean-Baptiste Perraudin (batterie, 25 ans) dans un néo-bop plutôt académique mais traversé de suffisamment d’idées intéressantes et de pistes pas encore explorées pour avoir un bel avenir devant lui et, peut-être, gagner l’originalité et la personnalité qui lui manquent aujourd’hui.

Cet album vitrine, « le condensé d’une aventure musicale commune, évoquant à la fois la mémoire du jazz et ce qui en fait l’essence, l’expression personnelle », fait coup double en réunissant sur deux disques différents compositions originales et reprises. Pour les premières, des thèmes d’une qualité inégale avec de belles réussites (Jacarepaguà et Artefacts, de Guillaume Simon), sur lesquelles on peut mesurer la technicité du jeu des solistes (remarquables chorus de Jean-Baptiste Perraudin, beau jeu de piano d’un Christophe Villalba un peu trop discret peut-être) ; pour les secondes, un traitement assez convenu des standards choisis, au nombre desquels un Greensleeves qui ne cache rien de ce qu’il doit à la version coltranienne et, justement, un Dear Lord au contraire tout à fait étonnant. On regrettera le manque d’unité des quatre musiciens, tangible à certains moments, ainsi que la platitude et la linéarité de la prise de son, qui rejettent parfois la contrebasse de Lahcène Larbi aux limites de l’audible et desservent le groupe tout entier en le privant d’une partie de sa puissance et de son volume sonore. Restent quoi qu’il en soit une impression plus qu’honorable et un nom à ajouter au carnet des formations françaises à suivre : les progrès d’Union Square Group, au fil des scènes et des albums, seront peut-être les marches vers le succès des prochaines années.