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4
sur 5

Après avoir abondamment puisé dans le vivier électronique parisien, Source est allé braconner sur les sentiers balisés de la guitare acoustique. Cette nouvelle orientation s’avère particulièrement fructueuse, comme l’atteste les récentes découvertes des Kings of Convenience et de Turin Brakes, autre duo, londonien celui-là, dont le premier album vient d’être publié en France. The Optimist réunit l’essentiel de leur trois précédents EP (The Door sorti en 1999 chez Anvil Records ; State of Things et Fight or Flight chez Source en 2000), les titres extraits de The Door ayant été réenregistrés avec une orchestration enrichie d’un batteur, un contrebassiste et un clavier (lesquels font office de groupe de scène). Le folk-rock d’Ollie Knights et Gale Paridjanian, vieux copains d’école, s’est suffisamment épaissi pour épouser les grands espaces américains auxquels leurs compositions se réfèrent, sous les influences croisées de Joni Mitchell et Ry Cooder.

The Optimist s’ouvre avec quatre magnifiques ballades (Feeling Oblivion, Save Me, Emergency 72, Future Boy) enlevées par la voix suave et élancée d’Ollie Knights. Un titre de Bénazeraf, L’Eternité pour nous, évoque pudiquement le souffle lyrique parcourant cette entrée en matière. Porté par une guitare cristalline et un solide groove folk, Save Me renoue avec l’humanisme exalté de U2 (période The Joshua Tree), tandis que sur Emergency 72, Ollie chante l’antichambre des désirs tel un Marc Bolan juvénile, ses intonations traînantes et sensuelles révélant un interprète faussement détaché, d’une intensité toute en retenue. Le reste de l’album saisit la solitude moderne avec une naïveté touchante. L’élan vital de Turin Brakes se dissout alors dans une lassitude mélancolique : « Times are fierce and times are fine/Yeah it goes that way/Down some highway/Down some lonely road/In that old fashioned way ». (The Road). Leur enthousiasme candide s’efface pour laisser place à des blues atmosphériques (Starship et surtout By TV Light, dont les slide-guitars fantomatiques revisitent les introspections folk de Roger Waters sur Atom Mother Heart). La découverte de l’innocence précède sa perte inéluctable : The Optimist est l’expression musicale la plus fidèle de cet « état des choses » (The State of Things) où règne provisoirement la confusion des sentiments.