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5
sur 5

Pour ceux qui ne le savent pas encore, To Rococo Rot est un trio germanique composé des frères Lippock -Robert et Ronald- et de Stefan Schneider, échappé de Kreidler. Et The Amateur view est leur troisième album -le deuxième, Veiculo, déjà sorti chez City Slang, l’un des labels allemands les plus dynamiques, avait déjà fait pas mal parler d’eux. Mais pratiquement seulement dans le petit monde de l’electronica et des branchés, même si la scène d’outre-Rhin fait depuis quelques années à nouveau la une des gazettes spécialisées, auréolée il est vrai d’un passé et d’aînés glorieux, qui rois du Krautrock -Can, Faust…-, qui princes de l’électronique -alors balbutiante- froide et déjantée -Kraftwerk bien sûr.

Et l’on peut dire que To Rococo Rot a autant bénéficié que pâti de cette descendance mythique. D’un côté, on voulait bien leur reconnaître l’originalité de la démarche, le tranchant de l’attitude, la créativité des machines remises à l’honneur. De l’autre, on ne se privait pas de leur mettre sur le dos le poids de l’héritage, la froideur des compositions, l’hermétisme de cette même démarche encore -rythmiques métronomiques, sonorités à la limite du givre, morceaux raides comme des i, ainsi que l’effacement de l’homme derrière la machine. En somme, une musique bien faite, mais totalement déshumanisée.

The Amateur view devrait faire rendre gorge à ceux qui ont vu de tels signes dans les propositions musicales de To Rococo Rot -si l’on voulait en rester là, on dirait simplement : pourquoi porter aux nues l’ascétisme technologique des Finlandais de Pan Sonic, et reprocher à TRR sa sobriété ? Bon, d’accord, Telema -le single- ou Prado ne sont pas vraiment des hymnes à s’éclater sur une plage de Rio de Janeiro, mais cela n’en fait pas pour autant d’iningurgitables glaçons, des petits soldats de la glaciation. Il y a dans ces plages une très forte dose d’humanité, de chaleur humaine -si l’on se faisait l’avocat du diable, on dirait alors : normal, le froid, le très froid, ça brûle. Non, la musique de To Rococo Rot n’est pas une complainte de chambre froide où tout serait rangé au carré -ne lit-on pas dans les notes de pochette : « Ich mub wieder mehr unordnung in mein leben bringen » -littéralement : « Je dois mettre encore plus de désordre dans mon existence » ? Pour ce, To Rococo Rot a des recettes simples et efficaces, poétiques souvent –Greenwich, vraiment l’un des plus beaux morceaux du disque, une alchimie complexe au service d’un plaisir méditatif (on n’a pas dit apathique)-, quasi festives parfois –Cars– mais toujours dans le respect des règles de la tempérance, ce qui n’empêche pas, au final, The Amateur view d’être un album d’une richesse très nettement au-dessus de la moyenne, plaçant pile poil To Rococo Rot dans la zone des très bons.