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3
sur 5

Alors que la pop française des années 60 n’en finit plus d’influencer les artistes anglo-saxons amateurs d’exotisme, de nouveaux venus sur cette même scène promettent de marquer les générations à venir. Avant de passer peut-être à la postérité, le premier album solo de Thierry Stremler (ex-chanteur de Vercoquin) s’écoute avec plaisir, laissant découvrir une personnalité attachante, tout en failles et petits défauts, et un sens de l’humour mordant.

Ma femme est photographe était une carte de visite impeccable pour annoncer cet album tout neuf. Mélodie accrocheuse, paroles brocardant le Parisien à la frange du showbiz, etc. : l’écouter, c’est un peu l’adopter. Mais c’est aussi une publicité mensongère sur le style Stremler. Le garçon à la voix douce aurait plutôt tendance à manier avec précision la mélancolie que la vacherie. Il sait aussi jongler avec les mots, acrobate du vocabulaire à la manière d’un Boby Lapointe du nouveau millénaire. La Baie de Concarneau illustre parfaitement ce talent pour l’écriture de haute voltige, camouflant sous des allitérations futées sa tristesse latente. Stremler endosse d’ailleurs tout au long de ces douze chansons le costume râpé du loser éternel, porté à la perfection par Souchon avant lui. Enfin, il manipule plutôt bien les influences des Beatles et de Michel Polnareff, qui hantent ses compositions, cultive la mélodie gracieuse et les chœurs bien fichus (Pas tonique), le tout dans un esprit souvent lo-fi. On entre petit à petit dans l’univers de Stremler, se reconnaissant parfois dans les histoires qu’il raconte (Sur la surface de vente ou l’expérience d’un petit boulot pas captivant), on s’amuse de ses coups de pattes (Fracture sociale, portrait de la France et de ses habitants). On finit par se dire qu’on aimerait bien inviter ce garçon à prendre un verre, afin de le consoler de ses déboires amoureux, de lui refiler deux ou trois conseils qu’il ne suivra pas. Parce qu’à entendre la justesse et la sincérité du bonhomme, on pressent que le gène du perdant-mal-dans-sa-peau est finalement inscrit dans son code génétique.