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5
sur 5

« Un collage d’éléments originellement hétérogènes qui, réunis, constituent une autre réalité, énigmatique, douée d’une force de persuasion rigoureusement proportionnelle à la violence du choc initial qu’elle a produit. » C’est ainsi que Breton évoquait la peinture de Max Ernst. Et la musique des Young Gods correspond plutôt bien à cette définition, même si, avec Second nature, il sera une fois de plus difficile de les épingler.
Lucidogen > Supersonic, double déflagration en ouverture. Morceaux derviches qui pourraient rapidement provoquer la transe. Le timbre généreux de Franz Treichler marque sa présence et les rythmes de Bernard Trontin résistent à l’inertie quotidienne. Sur Laisser couler (le son), les masses sonores ouvrent des espaces à géométrie variable, exubérants. Attends installe un climat saisissant ; un des grands moments de l’album. Les expérimentations digitales d’Alain Monod impressionnent par leur précision hypnotique.
Chaman radical, Franz poursuit sa quête avec In the otherland et Stick around. The Young Gods font rimer son avec sève, se jouent des paradoxes en imposant toujours l’émotion aux machines ; l’ébullition sous la croûte volcanique. Arcs-en-ciel et reptiles à la fois, les compositions se frôlent comme des kakémonos tourmentés par un vent d’orage. Toi du monde vampirise la drum’n’bass avec élégance et embarque l’auditeur en créant un flux qui titille l’inconscient.

Second nature semble plus apaisé que les albums précédents et Bernard (le nouveau batteur) a rapidement trouvé ses marques, car la cohésion du groupe est totale. Il s’agit bien d’une approche commune où chacun s’implique à fond. Les idées fourmillent et le son prend une ampleur supplémentaire grâce à la production pleine de ressources de Franz. The Young Gods tracent une voie unique et toujours passionnante en se renouvelant sans perdre leur identité. Il faut insister car ils construisent une œuvre exigeante. La recherche de nouvelles sonorités n’exclut jamais l’énergie viscérale qui se dégage de l’ensemble.
Atmosphères oniriques pour musique des confins qui, au début, n’est qu’une pulsion, un battement à identifier, puis se transforme, devient chaude, unique et vivante. Tout comme un cœur… Humain.