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4
sur 5

Dan Black, ancien membre anonyme du collectif anglais Minty, a décidé en 1999 de se mettre sur le devant de la scène et de créer son propre groupe, entre brit-pop et electronica, The Servant, sa chose, dont il sera le maître marionnettiste, le chef despotique. Matt Fisher et Trevor Sharpe, respectivement bassiste et batteur de la nouvelle entité, seront les faire-valoir instrumentistes et instrumentalisés de cet ego disproportionné. Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est Dan Black qui le dit dans ses interviews.

Le résultat sur disque ou en concert (récemment aux Transmusicales de Rennes et à NPA) est une outrance et une totale absence d’inhibitions qui font de Dan Black un performer tordu et un songwriter libéré. Sur ces deux mini-LP réunis sur un même disque, les futurs hymnes s’enchaînent sans un soupir, entre rock épique (Led Zep), funk saccadé (Mandrill) et electro concassée (Autechre). Libéré, on vous dit. Les textes sont bizarres, entre la métaphore pop-narcissique du early Jarvis Cocker (« Driving in the dark / You start talking to me like I’m in an advert » dans Driving in the night) et le n’importe quoi de Noël Gallagher. La tendance à la ville comme sur scène est le gigotement et la torsion, le simiesque, tel un Chilly Gonzales en costume mod : « Well I am just a monkey / I’m just a monkey that is rocking! » (The Apes and the Chimpanzees). Masochisme, autodépréciation, Dan Black fait le singe sur scène, ridicule et héroïque, tournant et grimaçant, comme ses chansons, tournantes et grimaçantes.

Le syndrome de Tourette n’est pas le seul symptôme de cette personnalité exhibitionniste et future star (la Route du Rock cet été, selon la rumeur). On l’a dit, ses chansons sont des hymnes, aux évidences mélodiques renforcées par un savant sens de la déconstruction et du contre-pied : changements de rythmes, changements de tonalités, perturbations, qui jamais n’entachent l’immédiateté de ces rock songs primitives. La structure classique guitare-basse-batterie agrémentée de samples électroniques font de ces deux mini-LP un curieux objet cross-over, entre classicisme et modernisme, ovni fin de siècle. Au final, singularité, simplicité et volubilité définissent The Servant et ses deux LP. A suivre donc, comme on dit…