PARTAGER
5
sur 5

New skin for the old ceremony/Independent women.
Question : Qui est conscient que John Darnielle (aka The Mountain Goats) est un songwriter magnifique ? Découvert par Shrimper Records (home of John Davis, Franklin Bruno, Refrigerator…), six albums, d’innombrables EPs et K7 (récemment compilés par Ajax) sont déjà là. On y reconnaît une voix sûre, franche, belle et forte, des accords de guitare qui vibrent frénétiquement. Et le petit son du magnétophone à piles : au début et à la fin du morceau, bien souvent comme seule production. De Beautiful rat sunset à Fullforce galesburg, en passant par le chef-d’œuvre Sweden, des voyages (Going to Scotland, Going to Queens…), des rencontres (Downtown seul), des notes, des petites observations, des petites contemplations (« the most remarkable thing about you standing in the doorway is that it’s you and that you’re standing in the doorway »). Délicieux…

Magic and Loss. Et donc, The Coroner’s gambit : La même fraîcheur ? Le même entrain ? La même générosité ? Comme auparavant, un texte assez fourni ouvre l’Opus 7 de l’ami Darnielle. Mais à la place d’une énigmatique fable, il s’adresse au fantôme d’un proche, dont le chemin autodestructeur et finalement mortel lui a échappé. Bien. La fantaisie, c’est pour plus tard. Puis, c’est le temps des chansons. Le VU-mètre affolé de la platine CD annonce la couleur : violence, tristesse. Et les mots prennent place dans nos têtes : ascétisme au Rajasthan au volant d’un bolide (Jaipur), le retour du sinistre prophète Elie (Elijah), la mort d’un être cher (The Coroner’s gambit), la vengeance de Sénèque (Seneca’s trick mirror), l’aigreur et la peur (Island garden song), la mort encore (Shadow song).

Question : Où est Rachel ? Cette petite voix si gaie qui lui donnait la tierce… Mais pour le rock’n’roll, et pour l’artiste vrai, la détresse offre la splendeur. La guitare acoustique et la voix suffisent, même avec un peu de crunch par moments. Et pourtant, d’autres musiciens se glissent ici ou là, mais pas trop : un archet, un harmonica, et même des orchestrations complètes ; là, c’est Van Morrison Astral Weeks à la cave (Baboon). Donc, les petits chocs et la première émotion passée, on peut s’installer dans The Coroner’s gambit. Tout n’est pas si noir, la nature est là au printemps (Onions), la confiance revient (there will be no divorce) et peut-être que les Chicago Cubs finiront premiers de la Major Baseball League, cette année.

Question : Qui écoutera tous les jours, en 2001, The Mountain Goats, The Coroner’s gambit, ou Daniel Johnston, Continued story, ou Sebadoh, Weed forestin ? Nous. Ensuite, parfois, on reprendra Leonard Cohen, New skin for the old ceremony.