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5
sur 5

Finalement, c’est un album monstrueux… Une tentative insensée de la grenouille Brian Wilson -le cerveau des Beach Boys– pour se faire plus grosse que le boeuf Lennon-McCartney-Martin -le tiercé gagnant des Beatles-… et qui y parvient… Pet Sounds est un tel sommet de l’histoire du rock qu’on a du mal à comprendre pourquoi il fut si maltraité par Capitol… Justice est donc rendue, le coffret tant attendu est là et fera, on n’en doute pas, la joie des puristes et des fans endurcis mais aussi des autres…

Non content d’être un sublime écrin pour cet album incontournable, The Pet Sounds Sessions prouve aux phillistins qui en douteraient encore, la perfection du songwriting de Brian Wilson… Dans ce coffret, le plus passionnant reste sans doute ces légendaires « alternate takes »et les différentes sessions instrumentales qui éclairent d’un jour nouveau les treize bijoux de Pet Sounds, plus quelques enregistrements bonus. Le mixage stéréo des morceaux originaux n’apporte finalement pas grand chose, le fanatique pourra même considérer ça comme une hérésie selon son propre degré de « Wilson-olâtrie »…

La simple comparaison entre le Sergeant Pepper des Beatles, qui relevait le défi lancé par Pet Sounds, et le chef-d’oeuvre de Wilson, révèle indéniablement la relative sobriété de ce dernier par rapport à la surenchère très « Summer of Love » de l’album des Fab Four… Brian Wilson, au fur et à mesure qu’il enregistre les parties musicales, comprend très rapidement que le mieux est l’ennemi du bien ; exit donc sur God Only Knows le solo de saxophone redondant et les choeurs trop présents pour un recentrage sur la voix angélique de Carl Wilson et des arrangement nettement plus subtils… La façon assez cynique dont il utilise les voix de ses partenaires comme des instruments à part entière est aussi révélatrice du processus créatif du jeune producteur – comme en témoignent ces changement de « lead » assez houleux, les différents membres du groupes défilant sur différentes sessions des mêmes morceaux comme des acteurs pour un casting…

Au risque de rebuter le fan originel, ce coffret décortique donc de manière chirurgicale la technique de travail de Brian Wilson… Il sépare vocaux et instrumentaux, fouille les tiroirs du studio d’enregistrement, et magnifie l’album d’origine dans son éclatante simplicité : ce travail fabuleux sur les basses et les percussions (l’introduction wagnérienne de I’m Waiting For The Day), l’utilisation de bruits incongrus (le theremin sur I Just Wasn’t Made For These Times), l’accouplement de plusieurs instruments pour obtenir de nouvelles sonorités et de sons réels (les sonnettes de vélo de You Still Believe In Me, les clochettes de God Only Knows, les bouteilles de Coke de l’instrumental Pet Sounds, évidemment la conclusion de l’album : ces chiens aboyant au passage d’un train, véritable fruit du hasard mais qui colle si bien à l’atmosphère de l’album) -toutes choses qui clouèrent McCartney sur son fauteuil, et surtout ce « mur du son » instrumental et vocal, à faire pleurer un escadron de GI’s…
Enfin, The Pet Sounds Sessions apporte, trente ans après l’injuste déculottée commerciale de l’album original, la reconnaissance du talent fou du leader des Beach Boys. « Brian Wilson is God » quoi…