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3
sur 5

Terre Thaemlitz n’est pas un musicien électronique comme les autres. Intellectuel, ex DJ, patron du label Comatonse, il propose dans chacun de ses travaux une reflexion sur l’homosexualité, les genres, les codes sociaux. Concrètement, cela se traduit par de longs textes dans les livrets des disques, souvent intéressants, parfois abscons. Avec Love for sale, il tente rien moins qu’essayer d’étudier l’identité de la communauté gay américaine telle que représentée par le son. Entre la pochette (qui représente avec ironie les objets de consommation homo sous forme de tableau boursier) et les samples d’un reportage télé sur la Gay Pride de San Francisco, le ton est donné. Pour chacun de ses albums, il est difficile de faire abstraction du discours qui l’accompagne (voir l’album avec Jane Dowe ou ses reprises de Kraftwerk au piano…). Néanmoins, pour l’humble chroniqueur de disque, la question reste : est-ce que le disque est bon ? Dans le cas de Love for sale, la réponse est oui. Sloppy 42nds (une relecture d’un de ses premiers maxis sous le nom de DJ Sprinkles) est une longue plage ambient avec touches de piano et bourdonnements, Commodité sexuelle fonctionne de la même manière mais avec des choeurs mélancoliques en fond. Liberation model est une sorte de ballade pop torturée et détournée tandis que This closet is made of doors ferait plutôt penser au versant le plus glacial de Biosphere. Handsome ballad for George Michael est encore une ballade électro-acoustique à base de piano et de craquements divers, très beau. One – strength is numbers, malgré son calme apparent, apporte une certaine violence au propos grâce à ses samples crus. Enfin, She may be may be et Rambles – down in the park, beaucoup plus bruyants, sont de longues fresques électroniques minimales en mouvement, entre Oval et Merzbow.

Évidemment, on pense beaucoup à Oval en écoutant Terre Thaemlitz, mais là où Oval reste en retrait, ne raconte rien, Terre Thaemlitz met une force inédite dans sa musique. Que l’auditeur s’intéresse ou pas au discours de l’auteur est une autre histoire. La musique, elle, croisement réussi entre musique électronique et électro-acoustique, est passionnante, même si elle demande un effort certain d’écoute -effort très vite récompensé. Indéniablement l’un des artistes les plus originaux de l’écurie Mille Plateaux.