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4
sur 5

Après un troisième album trop pop pour être honnête (Animal, suns and atoms), les élégants et discrets Ronald Lippok et Bernd Jestram réinventent une fois de plus les sources de l’electronica allemande. Isolés dans leur studio de Berlin, les leaders de l’écurie Kitty-Yo ont pour cette fois au moins décidé de reprendre le travail mélodique de A à Z. Et c’est en opérant ce retour en arrière express vers les magnifiques plages ébauchées dans 11/6 12/10 et surtout le plus populaire Silur que Lippok et Jestram arrivent à combiner les différents univers musicaux qui ont toujours fait toute leur originalité. Si leurs activités électroniques rappellent les meilleurs moments de Scanner/Robin Rimbaud, c’est pourtant dans la culture du cabaret et de la poésie beat que résident leurs plus grandes influences : spoken-word filtré, mélodies bancales et toy-synthé hantent les paysages lunaires de leurs albums.

Développant au gré des plages des mélodies aquatiques, les deux musiciens d’outre-Rhin signent une musique jamais noise ou intellectualiste qui évite en même temps le piège de la concession au joli et purement esthétique. Les musiques de Tarwater sont effectivement des chansons, mais elles ne tombent jamais dans le syndrome du couplet/refrain, de la rythmique soulignant les paroles ou de la mièvrerie électronique à la Third Eye Foundation. Les voix, allemandes ou anglaises, y sont le plus souvent parlées et déroulent leurs répétitions avec bonheur ; les rythmiques restent toujours complexes et mêlent ligne de basse jouées live avec des ambiances préparées et des samples tirées du patrimoine classique allemand. Avec Dwellers on the threshold, Tarwater signe une passionnante synthèse des dernières avancées musicales contemporaines. Et prouvent une fois de plus sa singularité artistique.