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5
sur 5

Michal Wesolowski (piano)


Karol Szymanowski
(1882-1937) va-t-il enfin connaître une heure de gloire discographique qui tarde singulièrement à venir ? Les grandes marques ignorent scandaleusement le compositeur polonais, contemporain des plus fortunés Stravinsky et Bartok, et qui a signé au moins trois ou quatre partitions fondamentales de ce siècle : la sublimissime Symphonie « Chant de la nuit », son opéra Le roi Roger (qu’on entendra cet été à Salzbourg dirigé par Rattle et chanté par Hampson !), le Stabat Mater, et ces Masques pianistiques, enfin, qui trouvent aujourd’hui leur version de référence. Merci à Pianovox, donc, qui n’a sûrement pas les mêmes moyens de distribution que des majors préférant enregistrer et diffuser -plein pot- une énième (et inutile) 9è de Beethoven ; merci à Naxos, aussi, de rééditer les interprétations magistrales de Stryja. Mais il y a des (grands) noms qu’on aimerait enfin voir se colleter avec cet auteur somme toute très fin de siècle, entende qui voudra…

Grand parmi les grands, Arthur Rubinstein fut l’ami et l’interprète inlassable de Szymanowski. Car c’est bien au clavier que tout commença, sous la férule du père et l’ombre tutélaire de Chopin et Scriabine : le jeune Karol compose ses premiers Préludes à 18 ans, et jusqu’à deux dernières Mazurkas (1934), construit une oeuvre pianistique soumise à de multiples influences -musicales : Debussy, Stravinsky… ; littéraires (ici, Shéhérazade, Tristan et Don Juan), mythologiques… Aux confluens : Masques, chef d’œuvre composé entre 1915 et 1916, musique foisonnante, exubérante, paroxystique, bref, du Szymanowski pur jus ! Mais une partition, aussi, d’une difficulté technique transcendante, pleine de chausse-trapes, de ruptures de tempo et d’atmosphère(s) : Andrezj Stefanski l’avait fait sienne il y a… 30 ans, et depuis, silence ! Zimerman se faisant désepérément attendre, c’est un autre Polonais, moins médiatique, qui signe cette grande version moderne inespérée. Michal Wesolowski connaît son Szymanowski sur le bout des doigts, pour l’avoir fait entendre dans le monde entier depuis plus de vingt ans : tant d’amour et de talent vaudraient bien une intégrale, non ?…

Stéphane Grant