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2
sur 5

On vient à peine de replacer son Soul notes (enregistré en quintet avec Christophe Wallemme (b), Laurent Robin (dm), François Verly (perc) et, au piano, un Manuel Rocheman talentueux quoique bavard) sur les rayons de notre discothèque que Sylvain Beuf nous revient, en trio cette fois-ci, dans une formule dangereuse et exaltante dont quelques intimidants aînés, à commencer par Sonny Rollins, ont depuis longtemps fait les belles heures. La vivacité, la générosité et la simplicité qui nous l’avaient rendu précieux se retrouvent tout au long de ce pari musical aux risques assumés, sans ce filet harmonique que constitue pour le soliste la présence réconfortante du piano ; le plaisir du jeu, la complicité (Diego Imbert à la contrebasse, Frank Agulhon à la batterie), l’épatante virtuosité restent également bien présentes. D’où vient alors qu’on ne suit pas le saxophoniste sur ses nouveaux chemins avec tout le plaisir qu’on pouvait éprouver à l’écoute de son album en quintet, par exemple ? L’idée, peut-être (et même sans doute) fausse, d’une prise de risques pour le risque, d’abord ; l’étonnement, ensuite, de découvrir dans ce contexte nouveau un Beuf plus divers qu’à l’habitude, prompt à sauter quelques barrières afin d’échapper aux routes jusqu’ici parcourues mais où il avait encore, pour nous, beaucoup à dire et à faire : l’improvisateur se révèle ici aux côtés du compositeur, le goût d’une certaine beauté le cédant à celui d’une plus grande liberté et d’envies colemaniennes nouvelles (Ornette, douze minutes ou presque d’une tornade à vitesse variable qui entraîne vers des horizons plutôt excitants). Neuf originaux et une reprise (Barbados au final, salut à Charlie Parker) pour jalonner ce trajet sur la corde raide, nulle redite ni chute de tension, un passage réussi du ténor à l’alto sur deux morceaux, et quelque chose semble pourtant manquer. Un brin de folie supplémentaire peut-être, qui aurait donné à ce [Trio] le piquant qu’on ne lui trouve pas – ou pas assez souvent ; les marques plus appuyées d’une personnalité propre, également, qui auraient permis à Sylvain Beuf de s’éloigner de l’histoire du jazz où il vient tout naturellement s’inscrire (Rollins, Coltrane, Coleman…) pour en écrire une légèrement différente, réellement sienne celle-là.