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4
sur 5

Alors que les trentenaires nostalgiques se remettent à écouter aujourd’hui, at home ou en soirée, Slanted and enchanted, se remémorant goulûment leurs premières Black Sessions ou ces fameuses Trans Musicales de Rennes pendant lesquelles Stephen Malkmus montait sur le dos de Thurston Moore, les deux meilleurs groupes américains du moment (Pavement et Sonic Youth, donc) se partageant l’affiche potache ce soir là, pour le plus grand bonheur des adolescents que nous étions encore, pendant que nous surfons nostalgiquement sur nos regrettées années grunge, Malkmus enfonce le clou avec un deuxième album solo qui va bien au-delà de nos espérances de madeleines indie, un des meilleurs albums rock de 2003, rappelant dès les premières mesures le savamment orchestré Wowee zowee, cette pépite folle de 1995.

Dès Water and a seat, on retrouve, jubilant, cette manière bien schizoïde de boucler des riffs 70’s avec des structures compliquées, de lancer des soli de guitares précis qui dérivent vers le plus grand et magnifique n’importe quoi, et ce chant qui ne chante pas vraiment, ces mélodies abstraites et puériles, ces ponts qui n’en finissent pas, et des rivières de diamants en dessous… Abordé avec méfiance, comme n’importe quel album post-2001 d’une de nos idoles des 90’s, Pig lib, avec un nouveau groupe bien rôdé, The Jicks, se révèle un bon cru. Malkmus n’a pas honte de jouer au guitar-hero, d’enchaîner les parties de guitares en harmoniques lyriques, limite hard-rock ou rock-prog, mais avec une jolie sincérité qui emporte tout. Le groupe derrière assure la maintenance, impeccable base rythmique pour donner ses plus beaux moments au leader : (Do not feed the) oyster, avec ses belles dissonances Pixies, son solo Hawkwind, ses bandes inversées Beatles et son final en roulements kitsch ; Animal midnight, le meilleur morceau récent de Lou Barlow, composé par Malkmus, celui qui manquait cruellement au dernier Folk Implosion ; Dark wave, meilleur titre indie-new-wave de l’année, mieux que tous ceux de The Faint, au hasard ; Witch mountain bridge, meilleur titre de Jimi Hendrix en 2003 ; 1% of one, long jam rythmé par son chorus hippie-jazz, tout en extrapolations psychédéliques…

Stephen Malkmus n’est pas mort, donc. Et le souffle revigorant du rock des 90’s subsiste avec lui, agrémenté d’un peu de tradition blues-rock américaine, des psychédéliques 70’s et d’une bonne dose d’auto dérision. Un album meilleur que prévu, évidemment, puisqu’on n’attend plus grand-chose du rock en 2003… Remercions ici le magnifique Stephen Malkmus de nous redonner un peu espoir.