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3
sur 5

Il aura fallu attendre six ans –The Blue moods of Spain, 1993- pour voir Spain se donner la peine de nous offrir un second album, She haunts my dreams. Six ans, Josh Haden s’est largement donné le temps de la réflexion. Et il n’a pas eu tort, puisque She haunts my dreams, du premier titre (I’m leaving you, bien vu pour débuter) au dernier (Our love is gonna live forever, ouf ! on respire), est un délice à écouter.

Bien entendu, Haden ne donne toujours pas dans le super-heureux de vivre-éclatant de santé-comment vas-tu, mais ce ne sont quand même pas les plages lugubres à la Palace. On serait plutôt du côté de Calexico, version un peu moins western-spaghetti. Ça lorgne toujours gentiment et élégamment vers le blues -vraiment splendide Bad woman blues, qui donne envie de baisser les stores, monter le son et se servir une généreuse ration de whisky- mais sans plan roots. Le son est trop léché pour ça, Haden est vraiment maniaque et ça s’entend. Joey Waronker ne martyrise pas ses fûts, il la joue tout en finesse, session man inspiré, et Merlo Podlewski délivre des arpèges déliés, des rythmiques anti-béton.

Ça donne plusieurs belles réussites (Nobody has to know, Before it all went wrong -Haden a définitivement une voix sensuelle-, Easy lover -« Easy lover/What are you trying to say/Made love now we have to pay »-, Every time I try), mais d’où vient qu’on a du mal à se laisser aller, à se laisser bercer ? Le disque, en dépit de la qualité intrinsèque des morceaux et de la très belle production, est un brin monotone. On aurait envie qu’une fois de temps en temps ça décolle et nous scotche au plafond, envolée de guitare ou de cordes, qu’Haden sorte un peu de ses gonds et se départisse de son flegme pour nous brailler quelques horreurs qu’il sait si bien susurrer. Las, She haunts my dreams reste un disque pour déprimés raffinés, pour losers esthètes. C’est déjà pas si mal, non ?