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5
sur 5

L’obscurité aux portes de la ville chantait jadis Bruce Springsteen. Moins emphatique que le Boss mais tout aussi efficace dans l’exploration confessionnelle d’un univers col bleu qui fut le sien lors de son enfance sur les rives du Lac Erie, Jason Molina signe ici l’un de ses meilleurs albums, dans la veine de ses récentes prestations scéniques, où sueur, casquettes et chemises Walmart à carreau font bon ménage. Magnolia electric Co est relativement éloigné de son premier album éponyme paru en 1997, où il se posait en héritier direct du frère d’armes Oldham, ayant fait ses débuts 45T sur le label de celui-ci. Sur ce septième album, son folk est devenu rock plus classique, un style qui emprunte aussi bien à Bob Seger qu’à Van Morrison ou au Bruce Springsteen de la fin des années 1970. Dynamique et enlevé, le premier titre, Farewell transmission, reflète plus que jamais une oeuvre collective dont Jason Molina écrit l’histoire, son groupe de briscards chicagoans l’accompagnant comme un seul homme. Scout Niblett, sa voisine sur le label Secretly Canadian, chante sur Peoria lunch box blues (littéralement : le blues du panier à repas de Peoria, un bled de l’Illinois). Le décor est planté et tout le monde est à sa place sur ce disque classieux. La voix de Molina a rarement été plus expressive et passionnée que sur Hold on Magnolia, ballade impeccable soulignée par une guitare slide qui clôture le disque sur une note douce-amère mais toujours fière.

Septième album au compteur également pour Damien Jurado, qui a fait ses véritables débuts en 1997, comme Songs : Ohia. Il vient d’atterrir sur Secretly Canadian, ce dont on se félicite au regard de la qualité de son oeuvre. Where shall you take me n’est pas son opus le plus réussi, mais la première partie -en particulier Omaha et Abilene– rappelle tout de même les meilleurs moments de Rehearsals for departure, sa pièce maîtresse parue en 1999, qui contenait l’insurpassable Ohio. C’est sur ces titres à consonance géographique que Damien Jurado se montre le plus émouvant. Hélas, Texas to Ohio, par exemple, donne dans un registre trop rock pour ses compositions à fleur de peau et parfois aussi à bout de souffle. Artisan prolixe, Damien Jurado poursuit néanmoins en toute quiétude sa route panaméricaine, chantant les déboires et les victoires éphémères d’une vie de troubadour urbain bien remplie.