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Depuis la fin des années 60, la carrière de Soledad Bravo est d’une exceptionnelle richesse. Chanteuse autodidacte devenue à 18 ans une des icônes de la chanson engagée au Venezuela, Soledad Bravo ne s’est pourtant jamais laissé enfermer dans un registre musical, ce qu’elle aurait ressenti comme une entrave insupportable à sa passion des beaux textes. Enflammée, tendre ou mélancolique, la voix de Soledad Bravo incarne depuis trente ans le vaste répertoire de la chanson populaire latino-américaine. Elle a interprété ou adapté les plus grands auteurs d’expression espagnole du xxe siècle (Garcia Lorca, Rafael Alberti, Violeta Parra, Carlos Puebla, Silvio Rodrígues…) comme ceux du Brésil (Chico Buarque, Tom Jobim, De Moraes) et de France (Barbara). En près de 30 albums, Soledad a tout exploré : la contestation (Hasta siempre de Carlos Puebla en 1968), la frénésie festive de la salsa (l’album Caribe en 1982 avec Willie Colón) et presque tous les folklores du nouveau continent. Accompagnée d’une simple guitare ou d’un orchestre afro-caribéen, sa voix se confond désormais avec celle du chant latino-américain.

Soledad Bravo revient en France après des années d’absence avec un nouvel album, Paloma negra, dédié à la mémoire de Barbara (et à son Aigle noir ?). Ce disque est en fait la réunion de 13 titres inédits enregistrés en 1979, puis entre 1995 et 2000 (sur la genèse de l’album, lire notre entretien). L’unité de cette collection de chansons est assurée par le timbre magistral de Soledad, le dépouillement des arrangements réalisés par Antonio Sánchez et la guitare de Dioni Velásquez, fidèle accompagnateur de la chanteuse. Le résultat est au-delà de toute critique. Ranchera, tangos, ou boleros, ces chansons populaires sont d’une beauté déchirante (Sombras, Paloma negra). Elles sont rendues avec une humilité et une urgence qui ne versent jamais dans le professionnalisme compassé de certaines divas de la chanson. Soledad est une interprète magnifique, d’une humanité sincère. Elle puise en elle le sang des émotions pures pour donner aux mots une chair sonore et éphémère (En sei que vou te amar de Jobim). La vérité artistique, cette illusion vitale, est à ce prix.

Soledad Bravo (vcl), Dioni Velásquez (ac g), Yasmil Marrufo (g, pour une plage), Jorge O. Lema (bandoneón), Carlos Gatto (b)