PARTAGER
4
sur 5

Le problème avec la techno, c’est qu’elle parvient rarement à satisfaire autant les appétits du corps que les exigences de l’esprit. Slam, qui en 1996 a gravé Headstates, l’un des meilleurs albums électroniques de tous les temps, n’est certainement pas le groupe le plus connu. C’est pourtant l’un des plus habiles pour réconcilier la mécanicité des rythmes et la profondeur des ambiances.

Empruntant à l’acid house autant qu’à l’ambient et la dance la moins ragoûtante, Slam se joue des frontières grâce à sa surcompétence rythmique et sa maîtrise des envolées et des descentes, acquise par leur expérience de DJ renommés, qui les désignent avec cet Alien radio comme des enfants légitimes très convenables d’un John Acquaviva ou d’un Ritchie Hawtin (ce dernier a d’ailleurs remixé Positive education, l’un des titres les plus héroïques de l’album), fer de lance scénique du duo, et sur lequel Carl Cox et Josh Wink se sont déjà largement épanchés cet hiver. Le titre plus héroïque ? Pas si sûr, car avouons qu’à cette élection, il y a une foule de sérieux prétendants qui attendent au portillon. De This is avec ses montagnes russes que n’auraient pas reniées les Chemical Brothers, à Narco tourists (ce titre !), une collaboration avec Unkle, en passant par Lifetimes et son break kraftwerkien surpuissant, le groupe revoit à la hausse les critères d’évaluation de la techno efficace dont trop de french touch avait fait oublier la caresse, rude, crade, perverse aussi, mais qui a le mérite de toujours amener à ses fins.

Musique d’autoroutes qui abolissent le temps et assouplissent le psychisme, les neuf titres de l’album s’enchaînent sans lasser, ne dévoilent leur robotomie qu’aux esprits trop conscients, et délassent les autres par leur hypnotisme irrésistible, les emmenant dans un voyage éprouvant, tantôt minimal tantôt luxuriant, dont il est impossible de sortir indemne pour peu qu’on soit de bon tempérament. Stuart Mc Millan et Orde Meikle, binôme de Slam, ne sont pas des fins esprits. Ils ne théorisent pas leurs travaux, n’expérimentent pas avec des sons d’oiseaux ou des bruits de scalpels. Ils sont dévoués à cette morne brutalité répétitive définitivement dancefloor qui peut s’étirer à l’infini, dessiner sur la durée ses variations extrêmement travaillées, s’offrir le luxe du mur de cordes ou d’un assaut de guitares, sans être jamais ni ennuyeux, ni prévisibles. Il faut saluer la sincérité d’Alien radio, placée tout du long sous le signe du plaisir, et qui pas à une seule seconde ne verse dans l’abstraction, la subtilité ou la démonstration. Slam n’invente rien et se contente de prodiguer avec un savoir-faire et une aisance très peu communs des spécialités efficaces de professionnels sympathiques.