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4
sur 5

D’après la bio, Sergej Auto est compositeur tchèque de musiques de dessins animés. Vrai ou pas, il n’empêche que sa musique est à la hauteur de ce qu’on imagine être une musique de dessin animé tchèque… Un mélange d’orgues Hammond (utilisées partout), de guitares tordues et de collages. Néanmoins, Achtung Auto, son premier album sur le label allemand Saas Fee, va beaucoup plus loin que ça : imaginez plutôt un mélange entre Stéréolab, Stock, Hausen & Walkman et Gas.

Sous cette pochette qu’on croirait issue des studios Harcourt ou être le décalque inversé de la photo de Gainsbourg sur le volume 1 (1959-1960) du coffret de ses œuvres complètes (raie de côté et costume de serge oblige…), se cache un disque discret et très poétique. Treize morceaux de bachelor pad music plus mélancolique que rigolote. Auto68 rock donne dans les tons mineurs avec ses mélodies tristounettes et désuètes évoquant parfois Anne Laplantine, sur une rythmique craquante : le meilleur morceau du disque. Ailleurs, Potpk kosmonaut et Whumb ktob semblent être des inédits de Gas : mêmes nappes profondes, même répétition des motifs, mêmes abysses parsemés de murmures, mêmes espaces traversés de (réels) chants d’oiseaux. Magnifique. Flyjk est le morceau humble et nostalgique dont rêvent Stéréolab et Autechre, trop sérieux pour jouer avec autant de bonheur dans la cour des enfants. A notre connaissance, il n’y a que les Boards of Canada qui ont approché aussi bien cette sorte d’émotion simple. La particularité de Sergej Auto, c’est qu’il associe rythmiques glitchées avec de vieilles orgues bien grasses et n’abuse pas d’effets. Si ce disque n’avait pas été aussi bien produit, il aurait pu sortir sur Rephlex. Pas assez bien produit néanmoins pour sortir sur Warp, il évoque (comme sur Traafijk-72, stoop) de vieux morceaux d’Aphex Twin ou d’Orbital période 1990, par leur simplicité et leur absence de complexe. Trop de référence tue la référence, mais on trouvera aussi des allusions à la techno de l’axe Detroit-Berlin (Flibka top, Finjeboog rhytkp) ou à Jimi Tenor (Heij ! Lolek) et son orgue magique à bruits. Seul reproche : les accords utilisés sont un peu toujours les mêmes.

Si vous avez envie de vous surprendre un peu, de boire une gorgée d’eau fraîche à une source electro pas tarie, Sergej Auto saura vous combler. Malgré un pseudonyme sévère, un humour très sûr et une poésie légère parcourent ces morceaux sans prétention, entièrement composés et joués par l’auteur. Un régal pour gourmets.