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4
sur 5

On a récemment parlé (en bien) de Matt Ward, voilà un autre guitariste virtuose qui arrive en cousin, avec le printemps et un bien bel album, ce School of flower hippie et chic. Hippie, parce que Ben Chasny y décline, depuis le titre (« L’école de la fleur ») jusqu’aux entrelacs répétitifs d’arpèges de guitares, l’imagerie folk et un brin mystique des san-franciscains de 1967, acid-tests et coquelicots compris, mélopées envoûtantes chantées dans un nuage de fumée, sur un pouf oriental ou à plusieurs sous une chaude couverture. Chic, parce que l’ensemble sonne tout à fait moderne, stylisé, presque ambient, presque une musique de bar (poufs encore). Ben Chasny, après quelques essais réussis en home studio (les rugueux Dark noontide, Compathia, The Manifestation ou For Octavio Paz) s’est lancé dans un studio professionnel pour y produire une folk épurée, douce, confortable, où toute aspérité a été éradiquée au profit d’une musique ensommeillée, vaporeuse et lisse. A ce titre, il rappelle plutôt le Jim O’ROurke solo de Bad timing que leur maître commun, John Fahey, qui conservait le grain lo-fi et une certaine imprécision (le fret qui grince, la texture de la corde en glissando). Du coup, School of flower est presque un disque de producteur, en tout cas, un disque de folk précise, détaillée, et parfaitement contemporaine.

School of flower débute par une petite folie de batterie free, emportée par le fameux Chris Corsano (percussionniste virtuose, déjà entendu près du saxophoniste free-jazz Paul Flaherty) sur fond de saturations légères et psychédéliques, et puis s’arrête en fausse piste, pour laisser place aux arpèges sans violence et à la voix douce, en retrait, de Ben Chasny. Cet introït un peu déceptif lance un album qui fait la part très belle à la guitare, mixée en avant, open-tunée, finger-pickée, enregistrée de manière assez novatrice pour faire date, assez traditionaliste pour n »effrayer personne. Plus que la scène des « folk-revivalists » (Devendra et sa bande) à qui on l’a souvent associé, le projet de Ben Chasny évoque plutôt les travaux du guitariste instrumental Jack Rose, ami, et les vieilleries folk de Bill Fay (pour ce qui concerne le song-writing) ou l’Incredible String Band (pour la touche hippie). Le plus beau morceau de l’album est sans doute la chanson-titre, plage 6, en construction pyramidale, qui s’inspire des musiques répétitives de Terry Riley, partant d’une boucle de guitare, y ajoutant progressivement des couches successives de guitares et de percussions free (Corsano, encore), finissant sur un canevas compliqués et bruitistes de saturations. L’ensemble est doux et humaniste, détaché et sincère, profond dans ses hamronie, de surface dans son parti-pris de production. Un bien bel objet, cohérent de bout en bout, et tout à fait attachant.