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sur 5

Remixer NP3, le troisième album du trompettiste norvégien Nils Petter Molvaer : pourquoi pas ? Le mélange d’acoustique et d’électronique dont il a été l’un des pionniers côté jazz (Khmer, son premier album sur ECM) semble se prêter naturellement à toutes les gymnastiques reconstituantes, d’autant que l’influence drum’n’bass semble se faire de plus en plus présente dans sa musique. Quelques semaines à peine après la parution de Streamer, honnête album live capté en Finlande et à Londres puis remonté en studio en compagnie de Paal Nyhus (alias Dj Strangefruit), il revient donc dans les bacs avec ces onze remix des neuf morceaux de NP3, signés de proches d’entre les proches (le batteur Rune Arnesen et le programmeur-bassiste Raymond C. Pellicer, présents sur l’album original, qui reprennent ici Simply so et Marrow, ou le pianiste Bugge Wesseltoft, lieutenant hyperactif de la grande galaxie électrojazzeuse scandinave) ou de figures bien connues de la scène électronique : Matthew Herbert, Funkstörung, Side Brok ou, pour ne citer que ceux-là, le grand manitou Bill Laswell. Résultat ? Franchement moyen, à la limite du décevant. Quand Molvaer joue sur l’accumulation des couches et sur la multiplication des événements pour donner sa chair et son rythme à sa musique dans NP3, les remixeurs de Remakes délayent les sauces dans d’interminables plages électroniques qui évoquent moins les splendeurs glacées de l’aurore boréale que les longueurs monochromes des musiques à danser bas de gamme ; non seulement on s’ennuie ferme, mais on a en plus l’impression de revenir cinq ou dix ans en arrière, en total décalage par rapport aux enjeux et aux perspectives actuelles des musiques électroniques. De deux choses l’une : soit on n’a rigoureusement rien compris au projet, soit le projet est rigoureusement à côté de la plaque. Là où le bordel live de Streamer permettait à Molvaer de courir dans les pas du Miles Davis des magmas électriques seventies, les boucles bien rangées et les arrangements compassés de Remakes transforment sa musique en prétexte pour des exercices de style sans âme, au bord du cliché. Quant à ses qualités de compositeur (même si NP3 n’avait pas fait aussi forte impression de ce point de vue que Solid Ether), elles sont purement et simplement laminées dans le traitement réservé à ses morceaux. On oublie.