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5
sur 5

Deux ans après (En attendant) tout brille, Silvain Vanot revient avec un disque encore plus chaleureux et serein que son album acoustique. Assez décontractées, en dépit de cordes enregistrées à Budapest (Aux heures vagabondes), ces 11 chansons démontrent une ouverture musicale évidente, déjà entr’aperçue sur le disque précédent et ses reprises grecques et ivoiriennes. L’entrée dans la maison Vanot se fait ici de plain-pied, par le biais d’une magnifique reprise de Jean-Roger Caussimon, interprétée en son temps par Léo Ferré. Le ton est donné, ce morceau représente à lui seul un véritable jardin d’hiver. Et bénéficie des services de producteur de Jacques Ehrhart, croisé chez Manset et sur l’album du grand retour de Salvador paru en 2000. Chanson-titre, Il fait soleil est donc en adéquation totale avec le reste de l’album et une pochette qui s’ouvre sur la campagne ensoleillée. Comme à l’accoutumée, les paroles reflètent une poésie du quotidien, aussi simple que belle. Et Tête vide qui clôt le disque est une allégeance au poème La Paresse d’Henri Michaux.

Cette plénitude musicale est mise en valeur par un jeu limpide, avec la guitare impressionniste du fidèle Dominique Depret, et des arrangements aussi discrets qu’efficaces, qui laissent une latitude nouvelle au chant, ici plus que jamais à son aise. Le format binaire a donc progressivement laissé place à des couleurs nouvelles et des chansons encore plus ouvertes que par le passé, comme l’adaptation du morceau réunionnais Rame le canot, du bluesman local Alan Peters. Des cailloux a bénéficié des arrangements cristallins de Sohichiro Suzuki, chantre nippon de l’ambiant country. Les Roseaux est une chanson émouvante, comme une partie de campagne, qui reste l’un des points forts de cet album, tout comme Aurore, où plane le fantôme de Jean Sablon. Ile-de-France et son ukulélé discret constitue aussi l’un des points d’orgue du meilleur album de Silvain Vanot à ce jour. Sa voix a en outre trouvé ici une position adéquate, restant dans les médiums, là où elle est peut-être la plus expressive et touchante. Reste à souhaiter que Il fait soleil dépasse le cercle des gens de goût et puisse toucher un public plus large, peu habitué à pareille poésie au sein de la chanson française contemporaine.