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4
sur 5

Après Abba, les Stones ou John Barry, c’est aux cultissimes bandes-son des aventures de 007 que s’attaquent les quatre new-yorkais de Sex Mob, piliers de la Knitting Factory où leur leader, Steve Bernstein (dont la notoriété au-delà du cercle des amateurs de jazz et de dingueries sonores doit beaucoup à ses arrangements pour le cinéma, avec Altman ou Sonnenfeld notamment), traîne depuis plusieurs années sa fameuse trompette à coulisses et sa propension aux expérimentations oecuméniques (jazz, grunge, funk et intermédiaires recyclés dans une musique où l’humour fait office de liant). Héritiers secoués des Lounge Lizards (Bernstein fut un temps le directeur musical du groupe de John Lurie), ces histrions passés en quelques années des scènes underground et des clubs non-officiels (ils ont fait les belles heures du Tonic, loin des estrades mythiques de Greenwich Village) aux plus grandes scènes festivalières se sont fait une spécialité des mélodies pop et rock de ces dernières décennies, amoureusement réchauffées dans un bouillon sonore aux parfums résolument contemporains, scratchs, loops et curiosités comprises. Avec des déclarations de bonnes intentions que l’on est volontiers prêt à croire (« Beaucoup pensent que nous reprenons ces chansons pour nous en moquer ; ils font erreur car nous aimons vraiment ces mélodies »), Sex Mob invoque les exemples de Miles Davis (et sa reprise d’un thème composé pour Walt Disney, Someday my prince will come) ou de Coltrane (la B.O. du film The Sound of the music) pour s’approprier à son tour Nirvana, Elvis, James Brown et, depuis plusieurs années maintenant, les thèmes des films du plus célèbre agent secret de l’histoire.

A un Dr. Yes inaugural (écho négatif de Dr. No, première aventure du héros, prise bien sûr à contrepied d’entrée de jeu) composé par Bernstein, succèdent deux « Acts » où s’enchaînent neuf extraits de Goldfinger, The Spy who loved me et autres jalons de la filmographie bondienne, le tout formant comme la bande originale (c’est le moins que l’on puisse dire) d’un opus imaginaire autrement plus palpitant que les dernières tribulations effectives de Thimoty Dalton et Pierce Brosnan. Accidentées, imprévisibles, humoristiques à un degré que l’on ne parvient jamais à saisir (du premier au trente-sixième), ces relectures énergiques et inventives bénéficient des interventions de la guest star John Medeski (orgue), venu prêter main(s) forte(s) à Briggan Krauss (saxophones), Tony Scherr (basse volumineuse) et Kenny Wollesen (batterie) avec plus d’inspiration que dans les projets de son propre trio (cf. le récent et moyennement convaincant Uninvisible de Medeski, Martin & Wood, sur Blue Note). Ailleurs, c’est le fraîchement créé Sex Mob soul choir (Pierre André, Lygia Forrest, Freedom Bremner) qui vient épicer d’une saveur vocale supplémentaire ce plat joyeusement composite de jazz contemporain, de funk urbain et de clins d’oeil cinéphiliques tout sauf flegmatiques. Au service de sa majesté, malgré tout.