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4
sur 5

Voici un disque qui amusera à la fois les crétins hispanisants et les gens de goût, et qui épuisera les puristes en conjectures. On ne souhaite surtout pas voir le concept repris par les clients d’endroits chauds, improvisés DJ en trois mois, formation de barman comprise. L’idée de reprendre les Allemands séminaux de Kraftwerk en cha-cha-cha, merengue et cumbia est a priori stupide, et vraisemblablement issue d’une conversation de bistrot qui a mal tourné. Et pourtant, dès l’intro de Showroom dummies, toutes sortes d’idées, de pudeur, de complexes liés à une certaine idée du bon goût sont mises à mal. Il y a trois ans, quelques remixeurs rendaient hommage à Can. Le disque s’intitula Sacrilege. Pour un quidam féru de Kraftwerk, cette tentative de relecture latine de l’œuvre du binôme Hutter/Schneider en a l’allure dégénérée. Mais, par on ne sait quelle opération douteuse et probablement au gré de quelques savantes manipulations de studio, on ne reste pas dupe bien longtemps du concept idiot de ce Senor Coconut. Tout d’abord parce que sous ce pseudonyme se cache Lassigue Bendthaus, aka LB, aka Atom Heart, auteur récent d’un disque de reprises (dont Prince et Bowie) intitulé Pop artificielle et bien connu des amateurs d’electro indus teutonne.

Ce disque peut ainsi s’envisager comme un artefact à la croisée déviante d’une tentative de covers techno (on entend effectivement des bruits et des traitements de machines) et de l’art du détournement cher aux Residents, Negativland, et dans une moindre mesure Mike Flowers Pops A l’écoute du disque, on verra rapidement plus que la galéjade de bon aloi que la pochette (un hommage aux QI négatifs) nous promet. Car heureusement, et il s’en est fallu de peu, Senor Coconut respecte et surtout comprend plusieurs éléments indissociables de la musique kraftwerkienne. La poésie, ce côté onirique, jamais pris de court par cette bonne humeur obligatoire des musiques du soleil ; le rythme, jonction obligée entre les deux, et puis cette forme de violence sèche, assez bien évoquée par l’usage des cuivres. En somme, c’est en travestissant cette musique prétendument intouchable que Senor Coconut en respecte au mieux les principes. Ce qui ne sera pas du tout du goût de tous.