Sébastien Tellier aime les contre-pieds : auteur de deux albums épars et distincts, un premier opus, L’Incroyable vérité, Syd Barrettien, au psychédélisme diffus et concentré sur des prises de sons exigeantes, pas loin de Vincent Gallo, et un deuxième album conceptuel, Politics, censé redonner la parole aux « opprimés » de la culture mondiale, l’afro-beat en tête, sur des productions brillantes, entre la frénésie pop 80’s de Holger Czukay ou de Steely Dan et la virtuosité du guest Tony Allen, avec le hit-single mondial La Ritournelle, Tellier touche à tout et sans cesse surprend, au risque de perdre ses adeptes en route. Sa schizophrénie douce s’exprime une nouvelle fois sur ce Sessions, au classicisme parfait, bouclé en une journée (le 30 décembre 2005 dit la légende) avec le pianiste Simon Dalmais et quelques guitares et basses éparses (et avec Alf – Air, Phoenix, – à la production).

Après les tours de force de Politics, ses arrangements fous-fous, Tellier revient à plus de simplicité, pas moins de mégalomanie pour autant : sur ces Sessions nouvelles, les morceaux de l’animal sont revisités sans effets, sans démagogie ni manipulation (un arrangement est une manipulation), dans leur pureté et simplicité mélodique, mais avec l’emphase légère du chanteur de cabaret, en costume blanc, accompagné par un pianiste solo devant un grand rideau rouge imaginaire. Old school, réveillant les fantasmes de grands chanteurs français adeptes de Casinos de Paris et d’Olympias, Tellier y apparaît comme un vrai compositeur, à l’égal d’un petit maître de la pop décalée comme Christophe, dont il reprend d’ailleurs sans souci, la voix haute, La Dolce vita. Le grand barbu devient donc chanteur de charme, version piano-bar pour retraitées en croisière, avec cette petite touche de second degré qui le rend si attachant et finalement, post-moderne. Ces Sessions revisitent avec une certaine solennité un répertoire récent comme s’il s’agissait déjà d’un classique immémorial, et cette manière d’auto-célébration douce et amusée, exercice de style un peu vain mais inédit, rend le personnage Tellier passionnant dans sa manière de gérer comme personne une « carrière » qui se fait de plus en plus intéressante.

Article précédentPatrick Eudeline – Mauvaise étoile
Prochain articleJean-Luc Hennig – Sperme noir