PARTAGER
3
sur 5

Le « Beautiful boy » du Double fantasy de John Lennon est arrivé à maturation. Il est enfin prêt et il nous présente son premier album officiel sous son nom, à vingt-deux ans. Et voyez comme c’est difficile d’être le fils de son père. Déjà Julian n’était pas passé loin, il y a quelques années avec Valotte, mais collait définitivement trop au son si particulier de son Beatle de paternel.

C’est un peu le piège ici aussi. Quand Sean exprime le désir d’écrire une chanson simple et directe, l’auditeur sent tout de suite l’aura paternelle sur le chant, la diction (notamment le fait de doubler en croche pour placer un vers plus long que les autres), la tessiture de la voix et les intonations, sans parler de la composition elle-même puisque c’est Lennon père (en solo) qui avait inventé une forme particulière de chanson à la mélodie simple mais imparable (Imagine, Jealous guy, Woman). C’est le cas sur le bel interlude Wasted ou sur Queue qui nous renvoie trente ans en arrière (ou cinq ans pour les fans de Martin Newell). Newell encore et Dylan ne sont pas loin de Part one of the cowboy trilogy.

Là où Sean se montre le plus crédible, c’est dans la voie expérimentale (sans que l’on accorde trop d’importance à ce mot), comme a su si bien le faire sa mère, Yoko Ono. Les premières notes du disques sont de cet ordre même si la chanson Mysetry juice part ensuite dans une autre direction (fort passionnante d’ailleurs). En revanche Photosynthesis est une réussite en ce sens qu’elle allie une sonorité originale (très beaux arrangements de claviers, de cuivres et de percussions) avec une rythmique et une mélodie des plus simples tout en prenant le temps de s’installer sur la longueur.

La veine sud-américaine pourrait aussi très bien convenir à Sean, à condition qu’il ne se contente pas d’un trop peu d’accords par chanson. La musique brésilienne fourmille de multiples variations d’accords passant de la tierce mineure au parfait puis au septième diminué. Point de ceci chez le petit Lennon même si ses Into the sun, One night ou Breeze sont de jolies chansons.

En fait, les plus grandes réussites de l’album, la maison de disque l’a bien sûr senti, sont le single Spaceship et sa mélodie céleste aux guitares saturées et lourde basse, Two fine lovers et son jeu de batterie en syncope et ses choeurs graciles et le finale Sean’s theme ou le petit rejoint les grands dans la sobriété (Robert Wyatt ?).