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3
sur 5

Le Melody Maker les avait décrits comme un groupe ne ressemblant à aucun autre. La formule avait tout pour accrocher les amateurs d’original à tout prix, certes, mais sonne un brin factice et facile à l’écoute de ce deuxième album du trio briton. Avec un peu d’imagination, on peut tout à fait remonter aux sources de Scott 4 et leur bricoler une filiation qui aura le mérite de les situer sur la mappemonde du rock et associés. Imaginons un instant le mignon Beck, chopé à son plus bricoleur et folkisant. Prenons le Beta Band, à son plus bêta et donc génial, en train d’assembler des samples incongrus au fin fond d’un studio. La scène se passe dans le laboratoire d’un savant fou, qui, pris d’une envie subite d’écouter quelque chose d’électronique avec une âme -du folk revisité à coups de machines par exemple- décide de croiser les ADN des deux entités musicales susnommées.

Le résultat s’appelle Scott 4. Ni clônes conformes, ni pâles copies, les trois anglais ont su développer leur propre identité en restant dans la même catégorie mutante que leurs prestigieux modèles. Comme le Beta Band, ils aiment les mélodies pop sur lesquelles viennent se greffer de drôles de boucles de pacotille (Catastrophe), les fouillis sonores où tout se bouscule (Lefturno). Et les gadgets irrésistibles du type Vocoder (cette merveille de technologie sans laquelle Cher n’aurait pu offrir Believe au monde). Et, à l’instar de Beck, ils affichent un net penchant pour le folk brut et aride comme un désert de western (Scott 4 travel on electric trains). Il y a aussi sur ce Works project LP une belle collection de morceaux atmosphériques et mélancoliques à souhait, parfois troublants de beauté, parfois un poil barbants (Königskraft). Les sanglots longs des violons de certaines chansons camouflent juste une certaine incapacité à se renouveler…
Lorsque les Scott 4 seront plus aguerris à la dure loi de la jungle du disque, ils sauront qu’il ne faut jamais aligner plusieurs ballades en fin d’album : le résultat tourne vite au soporifique, alors qu’une plage au ralenti, de-ci de-là, confèrerait plutôt un côté romantique à la chose. Mis à part la déroute finale, la première moitié de l’album reste jubilatoire et on se souviendra longtemps de l’intro au rythme programmé sur Bontempi de Hallo doctor et de l’hommage parodique à Kraftwerk, intitulé We’re not robots. But we’re not Devo, auraient-ils pu ajouter.