PARTAGER
5
sur 5

Récemment, la redécouverte du thérémin, l’un des instruments électroniques les plus intrigants, a permis la remise à jour de quelques données musicales transgenres et plus qu’étranges. Sorte de sampler chaotique avant l’heure, cet instrument inventé à l’aube des années vingt a su garder une place à part dans la géographie des instruments marginaux. Le trio formé par Rob Schwimmer (accordéon, waterphone, daxophone, jouets et… theremin !), Uri Caine (piano et voix) et Mark Feldman (violon) assume ainsi pleinement sa volonté d’hommage envers cet outil musical rustique et luxueux, culte et profondément subtil. Le line-up annonce déjà la couleur : loin d’un de ces efforts commémoratifs scolaires et laborieux, ces trois instrumentistes issus des scènes jazz décalées offrent un répertoire de cabaret évanescent. Une rythmique fine et aérienne, une voix déplacée à la Kurt Weil, une technique du contrepoint rythmique très aboutie, bref un mélange d’art brut et de jazz improvisé de haute volée.

Avec ses ambiances sombres de rigueur et ses climats interlopes, cet album-projet n’est évidemment pas ce qui s’est fait de plus facile dans les musiques jazz récentes mais sûrement une des réalisations les plus passionnantes tant dans son esprit décalé que dans son contenu, à la croisée de l’électroacoustique grand public et du free-jazz de cabaret. Cette musique brisée que proposent Schwimmer et consorts est une musique savante délocalisée dans des territoires harmoniques plus habituels, bien que sans balise. La sourdeur plaintive de l’électronique organique du theremin sous-tend ainsi de façon profondément humaine les improvisations introspectives de Caine et Feldman, créant des stratifications éclairs du matériau musical. A noter que la brillance de la musique est mise en valeur par un packaging anti-MTV assez génial, sous la forme d’un retour inattendu du carton pour tout habillage marketing.