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2
sur 5

Cette adaptation du best-seller de David Guterson avait tout pour être réussie : un sujet complexe et riche, une distribution inattendue, une passionnante toile de fond historique. Le problème de la communauté japonaise aux Etats-Unis, ses rapports avec la population américaine de souche au lendemain de la guerre du Pacifique avaient été peu montrés dans le cinéma américain, pourtant avide de régler ses comptes avec l’histoire en explorant les zones d’ombre de la conscience nationale. Ici, une fois de plus, le fait divers s’interpose entre l’histoire officielle et celle, moins glorieuse, des mentalités. A San Piedro, petite île du Pacifique, un pêcheur est assassiné et c’est un Japonais innocent que l’on accuse. Sur fond de haine raciale, le scénario brode une histoire d’amour impossible, un dilemme cornélien et une querelle de justice, le tout agrémenté de flash-back ampoulés de scènes de bataille dans le Pacifique. Malgré de bons comédiens que l’on retrouve avec plaisir (Max von Sydow et Sam Shepard), le film s’embourbe assez vite. Scott Hicks se délecte d’images léchées, d’un étalage de virtuosité photographique qui dessert son propos. La surface esthétique des personnages et des décors nous empêche d’adhérer à l’action et de nous émouvoir du spectacle des conflits qui sont présentés. Cette réalisation trop sophistiquée manque d’âme et camoufle son peu d’audace derrière une forme très fabriquée.

Encombré par ses intentions de metteur en scène de cinéma, Scott Hicks délaisse ce qui était le plus intéressant dans son film : la trame documentaire qui affleure sous l’épaisse couche romanesque, étouffée par une histoire confuse à laquelle on renonce assez vite à croire. Le pouvoir d’évocation historique est handicapé par un trop-plein d’images, tels ces flash-back au ralenti des batailles (avec prises de vue sous-marines) qui déploient un pathos guerrier dénué d’impact réaliste. A trop dramatiser sa mise en scène, Scott Hicks lui ôte son pouvoir émotionnel. Et l’histoire elle-même finit par se résorber dans un manichéisme didactique qu’elle cherchait pourtant à éviter (la tirade de l’avocat, Max von Sydow). A la pesante rhétorique des images vient alors se joindre celle du discours, qui ne laisse subsister aucun mystère sur le sens donné au récit. Trop prisonnier de ce spectacle, on achève de s’en désintéresser.