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4
sur 5

Murray Perahia (piano). Berlin Philharmonic, Claudio Abbado.On en était resté à la lecture décapée, quasi chambriste, de la lionne Martha, accompagnée par le non moins iconoclaste Harnoncourt. Nous arrive aujourd’hui l’exact opposé : un pianisme intense et d’un romantisme échevelé, associé à un Philharmonique berlinois bruissant de mille feux. Mais ne nous demandez surtout pas de choisir !
Pour son demi-siècle (dont 25 ans de maison Sony), Perahia, en état de grâce, s’engage avec une énergie de tous les instants dans ce concerto écrit par un Schumann alors en plein bonheur conjugal. C’est ce bonheur, littéralement retranscrit sur la partition (le motif « c-h-a-a », soit do, si bécarre, la, la, soit… « Clara » !- constitue le thème principal du premier mouvement), qui transpire de l’entente parfaite entre le pianiste et son chef. Pas d’épanchement inutile, mais la vie, l’urgence, conduisent un Abbado chauffé à blanc et sa somptueuse phalange. Galvanisé, Perahia prend parfois, du coup, à peine le temps de finir ses phrases : jamais on ne l’a entendu aussi survolté et lyrique à la fois ! Il y a du rythme, du flamboiement, une beauté de timbre exceptionnelle, et une pâte orchestrale qu’on préfère quand même, dans ce répertoire, à la sécheresse relative de l’Orchestre de chambre d’Europe d’Harnoncourt .

Beaucoup plus rares au disque, les deux introductions & allegros complètent au poil ce programme : nous voilà en présence de l’œuvre intégrale pour piano et orchestre schumannienne. Perahia instille dans ces pages une poésie aux antipodes des lectures viriles d’un Richter (DG) ou d’un Serkin (Sony), sans jamais tomber, pourtant, dans quelque sentimentalisme que ce soit – la cadence du chef milanais n’y est sûrement pas pour rien. Au final, donc, du Schumann grand cru, fougueux et fiévreux, et une rencontre entre deux artistes d’une générosité admirable.