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4
sur 5

A l’heure où la musique industrielle paraît s’essouffler, où tout semble déjà avoir été dit, certains groupes acharnés s’efforcent encore d’y apporter quelques éléments extérieurs inhabituels. Aussi divers soient les exemples, force est de constater que cette procédure est loin d’être une recette miracle ; le brassage d’influences disparates entraînant parfois un résultat douteux (cf. la navrante reprise de Dylan par Ministry, toute une série de duos limités sur Spawn, Add N To X réinterprétant Black Sabbath…). Mais de temps à autres, quelques investigateurs musicaux comme les anglais de Sand réussissent à viser juste, à dépasser le principe du mélange basique, pour produire une musique à la fois inventive et captivante.

Beautiful people are evil est un point de rencontre où rythmiques industrielles, sonorités electros, thèmes de jazz et arrangements dub rentrent en symbiose parfaite, sans jamais se bousculer. Qu’ils soient calmes ou agressifs, les neufs titres composant cet album ont tous pour point commun de lourdes et sulfureuses atmosphères, menées par un trombone ne se lassant pas de gémir. Utilisant à merveille les charmes de la musique répétitive -avec Terminus ou Melodica, instrumentaux aux boucles oppressives et incessantes-, Sand n’hésite pas pour autant à se plonger dans de longs morceaux aux constructions plus complexes. On retiendra notamment l’hallucinant Spell, dont les deux parties font penser à certaines structures jazz, voire tribales. Par moments, les deux facettes du groupe rentrent en interaction, comme on peut l’entendre sur Dis plane, où l’utilisation inspirée de rythmes arabisants samplés rend totalement hypnotique le jeu des musiciens.

C’est d’ailleurs lorsque les éléments sonores influent les uns sur les autres que Beautiful people are evil atteint des sommets. Quand cette infernale guitare -par ses nappes massives- se fait passer pour le clavier, que le moog donne la ferme impression de jouer la ligne de basse et que la batterie se confond avec les rythmes electros, le diabolique trombone de Sand profite du chaos total pour revenir nous déverser ses notes torturées. Ce qui nous donne au final ce sublime album, remarquable tant par les impulsions qu’il dégage que par son aspect totalement novateur.