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sur 5

Fin 70’s, le Bronx est un nid de ruines et de misère. Le surnom du quartier est « nam », le Vietnam. Dans le South Bronx, Mme Scroggins offre à ses quatre filles, Renee, Valerie, Deborah et Marie, des instruments de musique pour les éloigner de la rue et de ses démons. Les sages adolescentes répètent à la maison et forment un groupe : ESG. A l’instar des Shaggs, ESG aurait pu être le groupe le plus mauvais de l’histoire du rock. Erreur. Les disques de ESG ont été abondamment samplés par la crème du hip-hop US et, suprême honneur, leur single Moody figure dans la playlist du légendaire Paradise Garage. A South Bronx story, la rétrospective publiée par Universal Sound, est une excellente occasion de découvrir ce groupe atypique qui oscille entre punk-rock arty, funk minimaliste, dub et house music. Estampillé No Wave avec Liquid-Liquid, ESG est un groupe mutant à la croisée des concerts du CBGB’s et des block parties de DJ Kool Herc.

Le premier single du groupe sort en 1981 sur le label Factory, il est mixé à Manchester par Martin Hannett, mythique producteur de Joy Division. Avec seulement trois titres, Moody, You’re no good et UFO, le son ESG est définitivement posé : un blues urbain, froid, d’une intensité sans commune mesure avec l’économie des moyens déployés. Moody est la synthèse incroyable de Red Krayola et du Incredible Bongo Band. Un beat funky squelettique rehaussé de congas porte la voix fragile d’une jeune diva disco-punk (un excellent remix electro du titre figure sur la compilation), Moody devint immédiatement un classique des dancefloors. La preuve : ESG joua en concert à l’ouverture de l’Hacienda puis à la dernière soirée du Paradise Garage, à la demande expresse de Larry Levan. Avec seulement un single et deux concerts, on peut dire sans exagérer que ESG est entré dans la légende de la dance music, pour ne pas dire de la house music, tant on en devine les prémices rythmiques.

Dans leurs deux albums (Come away with ESG, 1983 et ESG, 1991), ESG jongle avec les styles musicaux avec une facilité déconcertante, passant d’un punk vitaminé (My love for you, Come away, Erase) faisant penser à des Slits robotisées, à du funk 80’s (Get funky et I can’t tell you what to do) irisé de guitares rythmiques aussi efficaces que les productions élégantes de Defunkt. Véritables curiosités, on goûtera à ces instrumentaux étranges (Tiny sticks, parking lot blues ou Chistelle) qui évoquent des courses-poursuites nocturnes dans les rues désolées de New York. Basses lourdes et inquiétantes, rythmes effrénés, guitares cauchemardesques, ces mauvais trips auraient pu servir de bande-son aux films New York 1984 ou The Warriors.

Qui est ESG ? Les photographies reproduites dans le livret de A South Bronx story ressemblent plus à des photos de famille qu’aux clichés sex, drugs and rock’n’roll lourdement endossés par certains groupes de la scène club (cf. The Happy Mondays), mais ESG est une histoire de famille qui aura discrètement et modestement marqué l’Histoire de la house music. Les deux filles de Renee, la guitariste, ont aujourd’hui pris la relève. L’histoire continue, A South Bronx story.