PARTAGER
0
sur 5

On pénètre dans La Boule Noire, aussi vide que l’espace, accueillis par un hurluberlu (appelé Déche Man, issu du groupe bordelais Déche d’En Face) dont la description qui suit n’engage que ma responsabilité. Il est assis face à deux orgues (Hammond ?), et en joue avec le même doigté que Charlie Oleg. Il gesticule comme un zazou et le produit de ses élucubrations est noyé par une boîte à rythmes hystérique. Le bonhomme, coiffé et lunetté comme un Thurstoon Moore, hulule des onomatopées délayées en feed-back. En résumé, ça fait boum boum boum, whawha et yéyé en même temps. Comme notre ami est sympathique avec son esprit « amicalement vôtre » et punk, certains jeunes Turcs dans l’assistance engagent quelques pas de twist, histoire de faire corps avec ce fou jouant qui ne casse certes pas encore des briques mais autre chose. Remarquez, bien que bordelais, il a au moins le mérite de personnifier le New York tel qu’on le fantasme -barré, urbain, fiévreux- en attendant de voir sur scène Russel Simins, quant à lui véritable citoyen de la ville bandante et surtout « batteur » du Jon Spencer Blues Explosion. La formule est trop réductrice pour qui fréquente de près l’univers en expansion de JSBX, et sait que son « batteur » n’en est pas « qu’un ». D’abord parce qu’au sein du groupe de rock le plus excitant de l’univers, tous sont artificiers et tous composent en symbiose. Surtout parce que Public Places, son « effort en solo » (comme disent les rock-critiques) de l’automne est loin de sonner poussif. Russel Simins rassemble donc autant par fidélité que par curiosité. Il change juste d’amis, mais ceux-ci sont certainement piochés dans la même famille, dans le même bloc. Ces zozos grimpent nonchalamment sur scène. Il y a là un Chinois lunaire (une bouille de Jackie Chan avec un K-Way très hype McDonald’s et un indécrochable sourire) qui s’installe devant une batterie électronique suivi d’un claviériste, d’un bassiste et d’un guitariste qui empoignent leurs outils ; mais surtout une blonde ressemblant étrangement à Pamela Anderson (pour le minois) et Courtney Love (pour le reste). Elle chante, joue de la flûte (traversière) et va aguicher-provoquer constamment le public comme au bon vieux temps des Riot Grrrls avec cette morgue dont on ne sait jamais si c’est du premier ou du second degré. Tout ce petit monde travaille à l’Acme avec et pour Russel Simins, qui rivalise de percussion avec notre ami chinois (deux batteries à l’unisson, oui) ou qui, à la guitare, mène ses troupes à la baguette. Ou qui hurle aussi (mais de manière bien moins sexy que Jon, faut pas pousser non plus)…

Une téléportation du quartier chaud de NYC, qui a vécu les grandes heures de la Factory, du CBGB et du Sin-E et dont les cendres sur lesquelles postillonne Simins (un rappel dantesque) brûle encore, il y avait un peu de ça. Le passage en ville du petit cirque aristocratique du White Light/White Heat, une bonne petite claque contre les spleens dominicaux de l’autre Capitale. Ainsi nous fûmes, une heure durant, des punks new-yorkais du Lower East Side.