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3
sur 5

Un an après Orion Nebula, son premier disque officiel sorti chez Noise Museum, le cyborg suisse est de retour. Aux commandes de ses engins analogiques, le voici reparti dans l’exploration du système binaire qui a fait toute sa réputation. Mais d’un album à l’autre, Roger Rotor a repensé sa musique, il l’a filtrée pour n’en retenir que ses composants essentiels… Obsédé par les phénomènes hypnotiques de la répétition, ce musicien-programmateur a désormais choisi de ne plus s’adonner qu’au travail séquentiel. Fini les pénibles phrases mélodiques et les rythmiques technoïdes empesées qui encombraient ses premiers travaux… Cryptic est un album flottant en apesanteur, uniquement constitué de boucles épurées et synchronisées avec finesse.

A l’instar des habitués du genre, tels Pansonic ou Tone Rec, Rotor opte pour la position la plus radicale en matière de musique répétitive. Une fois un son installé dans un morceau, celui-ci ne bouge plus et tourne jusqu’à l’épuisement. La modulation abusive de filtre n’a donc pas sa place dans Cryptic, les samples se suffisent à eux-mêmes… A l’écoute de Error rot ou de Prior, l’auditeur attentif parvient lentement à un état semi-comateux, qui constitue la première étape d’une emprise progressive. Bien sûr, la simple écoute passive ne suffit pas pour percevoir les capacités d’une telle musique. Un minimum de concentration est nécessaire : les séquences obsessionnelles de Roger Rotor vivent par le rapport qu’elles entretiennent avec le temps… Il faut donc patienter sagement, les oreilles rivées aux enceintes, pour percevoir la magie de la répétition. Ainsi, les sons commencent à se métamorphoser d’eux-mêmes. Le simple grain d’une note de synthé (sur Tot Corp, par exemple) s’analyse sous toutes ses formes et l’on constate alors toute la profondeur qu’elle génère. Dans Gory Riot, les infimes variations de volume effectuées sur une infrabasse prennent une ampleur considérable ; et un tel détail, qui pourrait habituellement paraître mineur, constitue ici une des pièces maîtresses du morceau…

Bien sûr ces procédés sont loin d’être novateurs, ils ont déjà été utilisés maintes fois en electro. Mais contrairement aux artistes pour qui la répétition est un remède à la pauvreté musicale, Rotor nous livre ici un album réfléchi.