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C’est sur les traces des pèlerins, étudiants, guerriers, bouffons et vagabonds qui, voici quelques siècles, empruntèrent la fameuse Via Francigena, traversant l’Angleterre, la France et l’Italie, que s’est lancé, en s’attaquant à l’ambitieuse partition du Rêve du jongleur, le compositeur italien Roberto Bonati : artère mythique de l’Occident médiéval, cet extraordinaire lieu de rencontres et de partages fut, au gré de la diffusion des idées et des sons, l’un des plus importants berceaux de la culture européenne. Quel meilleur symbole pour illustrer ce passionnant projet créé en octobre 1999 au festival de jazz de Parme, qui cherche à synthétiser en une pièce unique les grandes sources de la musique européenne, des folklores aux chants sacrés, de l’Espagne à Canterbury ? C’est à ces répertoires de l’Europe, du viiie au xive siècle, que s’est intéressé Bonati pour composer une suite saisissante dont la création mobilisa, outre l’orchestre du ParmaJazz Festival au complet, l’ensemble vocal Schola Gregoriana ; langages musicaux séculaires et contemporains se rencontrent ainsi dans une composition étrange et originale, évocatrice et pleinement aboutie. Ni facticité, ni incohérence dans ce projet sous-tendu par une démarche musicologique érudite, qui jamais ne cède aux facilités publicitaires des accommodements incongrus et des assemblages irréfléchis. En un peu plus d’une heure se déroule le voyage poétique et inédit du Jongleur, colporteur infatigable des chansons de troubadours à travers l’Europe : le compositeur convoque tour à tour le chœur, l’orchestre et les solistes en alternant pièces médiévales et épisodes modernes, écrits ou improvisés. Les amateurs du jazz transalpin retrouveront au sein de l’ensemble quelques noms connus -notamment Riccardo Fioravanti à la contrebasse et Stefano Battaglia au piano. Irréductible aux classifications soigneuses et aux résumés hâtifs, Le Rêve du jongleur ferme la boucle du millénaire en confrontant ses premiers et derniers vocabulaires musicaux, et invite à un long périple sonore au gré des routes du vieux continent. Chants grégoriens, folklores méditerranéens et musiques improvisées s’y entrelacent dans un puissant pèlerinage poétique.

ParmaJazz Frontiere festival Orchestra : Roberto Bonati (dir), Mario Arcari (oboe), Gabriele Mirabassi (cl), Alessandro Benassi (bcl), Riccardo Luppi (ss, fl), Massimo Greco (tp), Beppe Caruso (tb, tuba), Renato Geremia (vl, ts, as), Marco Remondini (cello, as), Vincenzo Mingiardi (g), Stefano Battaglia (p), Riccardo Fioravanti (b), Giampiero Prina (dm), Fulvio Maras (perc), Cinzia Psata (voc). Schola Gregoriana F. Paèr Choir. Enregistré le 22 octobre 1999 au Teatre Due à Parme (Italie).