PARTAGER
4
sur 5

Felk de Red est l’album qu’Alan Vega aurait pu faire s’il avait su conserver l’esprit originel de Suicide, ce mélange fragile de blues rock frémissant et d’electro rigoriste. Comme le Suicide des débuts, Olivier Lambin aka Red a fait un album essentiel et universel. Les huit chansons de Felk déclinent la répétitivité du blues sur le motif électronique, entre tradition et modernité, opérant la rencontre intelligente de formes liées par la même pulsation, le même battement archétypal.

Red reprend Hank Williams (I saw the light) ou David Byrne (Road to nowhere) et, pourtant, ses propres chansons n’ont pas à rougir de leur intimité avec de tels illustres prédécesseurs. Pascal Bouaziz de Mendelson raconte ainsi sa découverte de Felk : « A l’époque j’étais incapable à l’oreille de faire la différence entre un morceau de Red, un morceau d’Hank Williams, ou de David Byrne. J’avais même tendance à penser que Road to nowhere (David Byrne) était un tout petit moins magnifique que les autres. » Toutes les chansons de cet album en effet sont essentielles, et forment un tout unifié autour des trois accords fondamentaux des esclaves noirs américains. Et on ne pourra pas reprocher à Olivier Lamblin d’être un Français qui fait du blues, car son disque dépasse les notions de frontières et de genres, c’est un disque extraterrestre et pourtant infiniment terrien, terrestre, terre-à-terre dirons-nous.

Enregistré dans la maison lilloise d’Olivier Lamblin, sur le coin de la table, le PC dans la salle à manger, Felk résonne des bruits anecdotiques d’un quotidien domestique, qui contrastent, tranchent avec le mystère de sa musique. Gazouillis de bébé, paroles d’enfants (« Hé papa, c’est chouette, on a une cave maintenant, on peut descendre des trucs… »), bruits de couverts, d’objets déplacés, de pas, l’univers sonore de Felk est à la fois musical et concret. Mais « concret » doit s’entendre ici comme « vivant » : ces sons ne sont pas arrachés à la réalité pour leurs textures sonores, mais témoignent d’une activité, d’une vie et deviennent poésie sonore, poésie contextuelle. Lorsque le bébé pose sa voix comme par magie sur les accords de guitare, tout devient accidentellement musical, et c’est le plus bel hommage à l’esprit de famille que j’aie jamais entendu.

Entre Blind Willie Johnson et Oval, la pulsation rythmique qui parcourt ce disque, comme sa colonne vertébrale, est primordiale, elle est le souffle de la vie dans la musique, le cœur de la réalité qui bat. Ce disque est éminemment vivant.