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4
sur 5

Il ne doit pas être facile d’être un guitare d’improvisation sonique au Portugal : c’est pourtant bien de là que vient Rafael Toral, enfin sorti du désert culturel de son pays natal (c’est lui qui le dit : « Portugal kills creative musicians »). Ce disque est son troisième album solo après Sound mind sound body (Ananana, 1994) et Wave field (Moneyland, 1996, ré-édité par Dexter’s Cigar). Constitué de morceaux live enregistrés entre septembre 1994 et octobre 1996 (mais aucun au Portugal), le disque rassemble des collaborations avec des musiciens tels que Jim O’Rourke, Manuel Mota ou Waldo Riedl, dont il est aisément l’égal. Toral y joue principalement de la guitare (c’est un excellent guitariste) mais aussi d’instruments électroniques pour de longues plages improvisées ambient (Blackbird, avec O’Rourke à l’accordéon est très beau) ou bruitistes, traversées d’éclairs et d’accalmies. La recette n’est pas nouvelle, mais le talent rare de Toral est indéniable : tour à tour violente et contemplative, discrète et lyrique, sa musique s’écoute très fort ou très doucement. Concept : la pochette représente un SR-71 « Blackbird » en vol au cours d’un programme de recherche sur le mur du son. Le SR-71 pouvait voler jusqu’à 3.6 fois la vitesse du son. Anti-concept : on s’en fout, la pochette est magnifique de froideur et de grisaille, le mur du son, Toral le déchire et l’explore plus que n’importe quel appareil volant de la Nasa et ce disque est la preuve que, dans le genre, il fait partie des grands.