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4
sur 5

Abandonnant les partenaires américains d’un dernier disque punchy, mais finalement vite oublié (Guitar groove), le guitariste retrouve deux des membres du quartet européen dont l’enregistrement live (justement intitulé… Live) constituait l’un des plus beaux moments musicaux de l’année 97 : Hein Van de Geyn à la contrebasse et Hans Van Oosterhout à la batterie, auxquels se joint ici le trompettiste Bert Joris. Et Philip Catherine de signer, ainsi épaulé, un petit bijou de jazz vif, charnel et prenant, plein de sa générosité coutumière, et où chaque note, dûment pe(n)sée, exprime une émotion et une pertinence jamais prise en défaut. Côté répertoire : une majorité de compositions personnelles illuminées par les mélodies simples et balancées qu’il est si habile à imaginer, un thème de Bert Joris et une poignée de standards interprétés avec la sagesse, la rigueur et le naturel qu’ils méritent, qu’il s’agisse du splendide Memories of you de Eubie Blake, du With a song in my heart de Rodgers & Hart ou du final Sweet Lorraine de Clifford Burwell. Le jeu composite du leader est ici à son plus haut niveau, sa guitare volontiers trempée dans une électricité rugueuse et funky pour un son saturé à la John Scofield, ou glissant entre l’influence prégnante du mentor René Thomas, l’ombre esquissée d’un Wes Montgomery et, pourquoi pas, la touche manouche qu’implique un amour immodéré pour la musique de Django Reinhardt. Pour avoir déjà éprouvé avec Live cette euphorisante sensation de soutien solide, puissant et souple, on n’est pas étonné par la qualité de la paire que forment Van de Geyn et Van Oosterhout ; restait le trompettiste, qui s’insère dans le groupe en magnifiant les mélodies du leader. La musique de Philip Catherine combine presque paradoxalement la force émotionnelle d’une manière de poésie blues et l’entrain d’un univers optimiste et exceptionnellement généreux, dans son esthétique comme dans son attitude ; ce grand guitariste d’aujourd’hui rappelle à chaque mesure de Blue Prince combien son monde singulier et scandaleusement sous-estimé peut réserver de bonheurs à ceux qui y entrent. Tout le monde est invité : avec Catherine, la porte est toujours grande ouverte.