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4
sur 5

« J’ai toujours été francophile, affirme Patricia Barber ; une chose que j’apprécie tout particulièrement avec les Français, c’est qu’ils n’en font pas trop. C’est un peu comme ma musique, et je pense que c’est la raison pour laquelle nous ressentons cette affection mutuelle ». Pour cette raison et pour plein d’autres : ce qui est certain, c’est que la cote de popularité de la chanteuse et pianiste américaine dans l’Hexagone n’a pas cessé de grimper en flèche depuis (au moins) Companion, un live capté en 1999 à Chicago qu’on inscrirait bien dans notre catalogue de la discothèque idéale pour sa seule reprise finale de Black magic woman, le hit de Carlos Santana. Textes finement écrits et bourrés d’humour, musiciens fidèles (« il est vital que le groupe reste intact », souligne-t-elle en citant Jarrett, Meldhau ou Metheny), voix d’alto envoûtante et jeu de piano sobre et délicat : les ingrédients ne changent pas dans ce nouvel album enregistré lors de trois concerts en mars et avril dernier à Metz, La Rochelle et Paris (à la Cigale) avec ses accompagnateurs habituels, Neal Alger (guitare), Michael Arnopol (basse) et Eric Montzka (batterie). Cinq originaux et cinq reprises forment un répertoire équilibré et idéalement monté, entre atmosphères urbaines bien à sa manière et groove en acier trempé (Arnopol et Montzka peuvent faire des merveilles en la matière : écoutez Crash), détour sensuel par la poésie de Verlaine (Dansons la gigue, avec ce merveilleux accent qui ne joue pas peu dans le charme de sa diction) et ballade mélancolique (Laura). L’excellent Neal Alger perturbe subtilement l’ambiance avec ses arpèges électriques et les effets très aquatiques de sa guitare, la chanteuse laisse volontiers la place à une pianiste à l’élégance discrète et ludique (le standard Witchcraft , pause rafraîchissante et impeccable qui soulève l’enthousiasme du public de Metz) ; les Beatles fournissent le prétexte à une improvisation étourdissante (Norvegian wood), la délicate samba Call me immortalisée dans les sixties par Chris Montez offre une conclusion idéale (« c’est le titre idéal pour un second rappel », confirme-t-elle très professionnellement). Talent, caractère, sensualité joueuse et sophistiquée : un Live qui ne laisse plus aucun doute sur le fait que Patricia Barber est l’une des chanteuses de jazz les plus douées, fines et charismatiques de sa génération.