Il y a des groupes, comme ça, dans nos vies de pauvres journalistes dopés à la nouveauté, parce qu’on ne les entend pas fredonner dans leur sommeil, on oublie à quel point ils importent dans nos vies ; et puis un dimanche matin, au détour d’une mélodie ou d’un nettoyage de printemps tardif, on les descend de l’étagère et ça nous retombe dessus comme un gros orage subtropical. Au début de cet été, c’est arrivé avec « Avalon Or Someone Very Similar », sur le nouveau Popular songs de Yo La Tengo (un groupe qu’on ne chérit pas moins mais qui vivote sur un tout autre continent puisqu’il a la sollicitude de sortir une galette tous les deux ans) : quelque chose de son univers mélodique aqueux, de son spleen plat, distendu, nous a tout de suite rappelé à quel point celui si loin si proche des Pastels, cet immense anomalie de l’indie imperméable en sommeil prolongé depuis le cœur de pierre Illuminations, nous était nécessaire.

Tour de magie, les revoilà enfin, déjà, en quasi backing-band du plus précieux des duos de Kichijôji et plus digne héritier du spleen radioactif de leurs maîtres à chanter faux Maher Shalal Hash Baz (dont ils sortent tous les disques sur leur Geographic de label). Enregistré au ralenti, les yeux mi-clos pendant la sieste à chaque fois que Saya et Ueno passaient à Glasgow, Two sunsets est pourtant loin d’être un retour en bonne et due forme – entre le clin d’œil à Eno en ouverture, la reprise de Jesus & Mary Chain et les vieux hits des Tenniscoats rejoués sous la pluie, on compte peu d’inédits et Saya squatte toujours la proue. Mais même dans l’ombre portée des Tokyoïtes, la torpeur pacifique et toxique des Ecossais brille très fort : sur le beau Sodane, co-écrit avec Reiko Kudo de Maher Shalal Hash Baz, Saya, un brin plus indécise, chante comme Stephen ; quand Stephen ou Katrina font mine d’ouvrir un œil (jamais deux), on saisit à quel point ce qui se joue ici coule de leur âme, et la force de leur ascendance. Dans ces moments troublants et impressionnants de clarté, on serait presque à même d’entendre ce qui fait l’étrange puissance des Pastels, cette somnolence mélodique qu’on pourrait confondre avec celle de la ballade, cette décision harmonique qu’on aurait tort de confondre avec celle de l’enfance. Et puis ça passe. Two sunsets et tout petit et très grand, exactement en même temps.

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