Avant de rentrer dans le vif du sujet, est-ce que vous pourriez revenir sur vos parcours respectifs et sur votre rencontre ?

 Michael Mateescu : Alors on se connaît depuis le lycée à Paris, on s’est rencontré en première, terminale un truc comme ça ?

 Tom Le Bourhis : Oui, oui, en terminale.

Michael : Même si on n’était pas de la même année, on s’est rencontré au lycée. Depuis, on a chacun vécu nos vies. Moi après un bac ES, j’ai poursuivi mes études en Angleterre où j’ai fait une licence d’économie à Londres pendant trois ans. Il y a un an et demi de cela, avec Tom et 3 autres de nos amis, on a monté le collectif Refraktion. On organisait des soirées technos et des concerts de rock psyché. L’idée c’était de programmer ce qu’on aimait, sans se fixer de frontière.

Tom : Moi après le lycée, j’ai fait une prépa et une école de commerce à Reims, j’ai monté une association et un webzine qui s’appelait Phonographe Corp, axé sur des musiques électroniques. Après, j’ai monté un webzine qui s’appelle Shadazz axé sur de l’indie, qui était plus ma musique à la base. Donc globalement, on travaille dans la musique, Michael bosse à la programmation de la Machine en freelance.

Michael : On vient pas de nulle part quoi.

Quand vous est venue l’idée d’un festival de musique psychédélique ?

Michael : L’idée nous trottait dans la tête depuis un petit moment, on s’est lancé au mois de novembre-décembre dernier et depuis tout s’est accéléré. On a rencontré les gens de la Machine assez vite, on leur a présenté le projet, ils ont tout de suite accroché et ils ont cru en nous, parce que finalement on reste des jeunes de 23-24 ans. 2-3 semaines après avoir lancé l’idée, on a booké le premier groupe, The Soft Moon.

Et par rapport à la musique psychédélique en général, pas forcément rock, quelle est votre première accroche ? Y a t-il un artiste, un album qui représente un tournant par rapport à ce type de musique ?

Michael : Moi, c’est un truc qui est arrivé assez tard finalement, c’est pas un artiste en particulier, c’est un tout, fait de styles et d’influences différents. Pour toi (à Tom), peux être un peu plus, parce que tu viens plus du rock quand même.

Tom : Ouais, moi j’écoute beaucoup plus de rock,  mon oncle est journaliste rock, j’ai vraiment été élevé à ça. Quand tu commences à en écouter, tu passes par des périodes : de Grateful Dead à Janis Joplin, Jimi Hendrix, après tu écoutes des trucs qui viennent d’Angleterre. Ensuite, plus tu grandis et plus tu quittes les classiques. Pour ma part, c’est Brian Jonestown Massacre et Jesus and Mary Chain que j’ai le plus écouté et qui m’on fait aimer la musique psychédélique.

Michael, avec Refrektion, tu avais déjà à cœur de présenter des artistes électroniques qui avaient un son un peu psychédélique ?

 Michael : Les artistes techno qu’on programmait n’avait pas vraiment ce son là. Le festival découle plus des concerts de rock psyché qu’on programmait. En plus, le marché de la musique électronique à Paris, c’est vachement rempli, et c’est de plus en plus difficile parce que tu as de plus en plus de soirées, de clubs. Si on voulait monter un événement d’une ampleur un peu plus grande, comme ce que l’on fait là, c’était par le rock que ça passait. Et le rock psyché, c’était quelque chose qui nous tenait à cœur. En ce moment, tu as un certain renouveau dans ce style, on est dans une bonne période. Si on avait monté ça il y a deux ans, ça n’aurait peut-être pas aussi bien marché.

Justement, comment jugez vous l’engouement autour du festival à quelques jours de son lancement ?

Michael : Déjà, il faut savoir que quand on a monté ça, on a demandé à pas mal de groupes de nous envoyer des démos pour choisir un peu et on a reçu un nombre considérable de mails de groupes français qui voulaient jouer. Et ça prouve que tu as un gros renouveau au niveau de cette musique parce que je pense que deux ans auparavant, tu n’avais pas autant de groupes psyché.

Tom : Après, autour de la com’,  la page Facebook du festival a grossi très vite, on a plein de gens qui sont venus demander des infos : « Qu’est ce que c’est ? » , « C’est quand ?», beaucoup de média musico-culturels se sont adressés à nous et nous ont proposé des partenariats. On a été les premiers, du coup il y a eu un engouement.

Michael : Si tu veux, tu avais plein de concerts, mais tu n’avais aucun événement comme ça, de grande ampleur, qui fédéraient tant de groupe au même moment, dans une même ville en France. Tu as eu Angers où s’est d’abord monté la version française du Austin Psych Fest, mais ce n’était pas à Paris. Et du coup, c’est probablement un truc qui manque ici pour le public. Et c’est aussi cela qui a contribué à créer l’engouement.

Tom : Oui voilà, c’était le fait de mettre Paris International Festival of Psychedelic Music, l’appellation grandiloquente pour dire, ça y est, Paris a son festival  et on peut la placer sur la carte psychédélique européenne, voire mondiale.

Et ailleurs en Europe, quel est l’état des autres festivals spécialisés dans ce type de musique ?

Michael : Alors, celui de Berlin n’a pas du tout marché, celui de Liverpool qui s’est monté il y a 3-4 ans marche très bien tout comme celui de Copenhague. Berlin, ça a été un flop assez monumental parce que c’était organisé par des mecs d’Austin qui n’étaient pas des mecs du Psych Fest, des Américains qui n’avaient jamais mis un pied en Europe et tu ne peux pas arriver comme ça dans une ville sans y connaître un peu les mœurs musicaux. Tu en as un en Suisse, un autre à Oslo, à Eindhoven. En fait, il y en a eu deux pendant longtemps et cette année tu en as d’autres qui se sont montés avec plus ou moins de réussite.

Ces festivals vous ont-ils inspirés?

 Michael : Oui, oui bien sûr, après on essaye quand même d’y apporter notre propre touche, autant au niveau de la programmation que de l’état d’esprit. Mais oui, c’est carrément inspirant.

Tom : C’est vrai qu’on a regardé la programmation de certains festivals, on a suivi de très près le Austin Psych Fest.

Michael : Après, on en fait pas une copie conforme au niveau de la programmation, on a vraiment essayé d’y mettre notre touche, tu n’es pas dans du 100% psychédélique partout.

Tom : Par exemple je pense qu’un puriste du psychédélisme, un vieux de la veille nous dira que la programmation n’est pas psyché, tout comme un tas d’autres gens.

C’est quelque chose auquel vous avez fait attention ça, ne pas tomber dans un festival de puristes pour puristes ? Est ce qu’il y a des choses que vous vous êtes interdites pour éviter ça du coup ?

 Michael : Non, non, on ne s’est jamais rien interdit. Après tu n’as que 17 groupes, sur ce petit nombre, c’est difficile de sortir du psyché. Mais on ne s’est rien interdit, parce que finalement c’est quand même quelque chose de très subjectif, tu n’as pas de définition vraiment fixe. Il y a plein de groupes qu’on voulait et qu’on a pas eu pour plein de raisons différentes, mais si tu veux, c’est pas un style ou un autre qui nous a mis des barrières. Quand on fait jouer In Paradisum par exemple, qui est de la musique électronique pas forcément perçue comme psychédélique, pour nous c’est super pertinent, parce que c’est une esthétique qui rentre complètement là-dedans.

Finalement, elle est peut-être là l’identité du festival, dans ce coté protéiforme du psychédélisme. Tu parles d’In Paradisum, mais il y a aussi une branche plus pop qui est représentée par Orval Carlos Sibelius et Forever Pavot .

 Michael : Je pense que ça reflète surtout nos propres goûts. Finalement, tous les deux, on aime des musiques très différentes les unes des autres, et on a voulu faire ce qu’on aimait. Et je pense que Forever Pavot ça reste quand même psychédélique, c’est pop mais c’est du pop-psyché qui est vachement à la mode, un peu comme Temples actuellement.

 Tom : Le psyché est en train de devenir un genre à part entière, comme ce qu’est devenu l’indie. L’indie-pop, l’indie-rock, toute cette approche, ce son s’est approprié le terme indie. C’est un peu ce qui se passe avec le psychédélisme, tu as le psych-rock, le psych- pop, le psych-eletronic plus ambient.

Michael : Plus ambient ou plus noise, dans cette vague. Depuis le psyché, tu as plein de genres qui partent de là, tu as la noise d’In Paradisum et tu as aussi des trucs beaucoup plus spatiaux comme ce que fait Jeff Mills finalement.

Tom : Ca puise ses influences dans plein de courants musicaux.

Finalement, vous ne vous êtes rien interdit.

Michael : C’est vrai, mais un festival comme Austin, il ne s’interdit pas grand chose non plus. Cette année, tu avais Oneohtrix Point Never qui était programmé. Bon, nous on ne l’aurait pas mis parce que pour le coup, il ne rentre pas dans notre idée du psyché. Mais aucun de ces festivals ne s’interdit d’aller vers des trucs qui sont psyché mais qui touchent à d’autres frontières, parce que sinon, on tourne vite en rond. Des groupes de psyché purs, y en a pas tant que ça, et quand tu fais de la programmation musicale, c’est pas très intéressant de s’enfermer dans un truc ou tu as trente ou quarante groupes qui partagent tous le même univers et dont tu as vite fait le tour.

Tom : L’idée, ce n’était pas de prendre vingt-cinq groupes qui sont des copies de Brian Jonestown ou qui ne font que du Black Angels.

Michael : L’idée c’est aussi de faire découvrir des groupes au gens, à des fans de psyché, mais qui ne sont pas non plus des puristes. Quand tu vas à un festival, tu as envie de découvrir des groupes que tu ne connais pas, sinon tu vas au concert d’un groupe que tu connais. On a l’ambition, modeste, de faire découvrir de nouveaux artistes.

C’est votre première édition, est-ce que le choix de la Machine justement, une salle à la juste mesure, correspond à votre envie de ne pas grossir trop vite ?

 Michael : On est à 1250 places dans la Machine, et je pense que pour une première édition tu ne peux pas faire beaucoup plus grand, c’est beaucoup de risques déjà de faire quelque chose sur cette capacité là. Plus grand, ce serait trop grand, et trop risqué aussi. Quand la Machine nous a dit oui, on avait pas idée que notre page Facebook monterait à 9000 personnes, qu’on atteindrait un tel engouement. Pour une première édition, je pense que c’est raisonnable.

 A l’avenir, aimeriez vous changez d’endroit pour les prochaines éditions ?

Michael : On aimerait bien faire un truc en extérieur, le problème à Paris c’est que c’est très difficile. Il y a très peu de lieux qui peuvent accueillir ce type d’événements et généralement ceux qui le peuvent sont déjà ficelés. Pour l’instant, on est bien à la Machine, donc on va voir comment ça se passe. Avec notre équipe, nous gérons tout ce ce qui relève de la production et de la logistique. Eux, ils apportent leur savoir faire, la salle et tout ce qui va avec : le matos de sonorisation, le barman, etc.

 L’identité de ce festival est aussi liée à la forte présence de groupes et d’artistes français. Ce sont des groupes qui marchent bien, qui suscitent de l’effervescence. C’était important d’en faire un point fort du festival ?

 Michael : Je pense qu’à partir du moment où tu fais un festival en France à Paris, tu te tiens d’avoir un certain nombre de groupes français. Je pense que c’est une obligation. Ce serait quand même prendre les gens de très haut que de programmer quinze groupes étrangers avec seulement un ou deux groupes français.

 Tom : Je pense que les artistes français sont représentés comme il faut, tu as Wall/Eyed;les Nantais de The Blondi’s Salvation qui font une sorte de rock un peu médiéval qui est assez marrant, Cabaret Contemporain, In Paradisum, Forever Pavot, Orval Carlos Sibelius…

 Michael : Il y a plein de gens qui ne connaissent pas ces groupes là, il y a de plus en plus de groupes de rock psyché en France, t’as énormément de musique de qualité, du coup on ne s’est même pas posé la question, c’était une évidence pour nous.

 Tom : Une des caractéristiques aussi, c’est qu’on a voulu faire quelque chose à l’image du lieu, on n’aurait pas pu faire un truc de 20h à 6h du mat’ juste avec des groupes. Il y a donc un coté live et un coté Dj set.

Vous accordez aussi une grosse place à de nombreux collectifs et autres sites musicaux. Ca aussi, c’était important pour vous, de laisser de la place à ceux qui font la scène ?

 Tom : Ce côté la, il vient du fait que quand j’étais chez Phonographe Corps, chaque collectif invitait d’autres collectif pour créer une synergie et on s’est dit pourquoi ne pas le refaire ici. Sur ce festival là, tu as énormément de médias, de personnes qui bossent depuis longtemps pour essayer de mettre en avant ce type de musique. Et par le spectre assez large qu’on a donné à la programmation, c’était cohérent qu’il vienne, comme une reconnaissance de leur travail. Chacun a amené sa pierre à l’édifice, et globalement ils ont tous été hyper content qu’on est pensé à eux, qu’on les invite. On voulait jouer un peu sur le coté famille parce qu’au final tout le monde se connait, mais c’est rare un événement où tout le monde se retrouve.

M : Ca se passera au bar a bulles, au dernier étage de la Machine, où tu auras aussi des stands pour te restaurer et pour acheter des disques, ainsi que le merchandising des groupes, où t’auras des dj sets et dont on a confié l’espace à quatre collectifs par jours : Gonzai, Harztine, Howlin’ Bananas, Shabbazz, le garage MU, Balades Sonores et plein d’autres. Ils se succéderont toute la journée et toute la nuit pour passer des disques.

C’est quoi vos prochains projets, après le festival ?

 M : On va essayer de remettre Refraktion en route après le festival, parce que là c’est un peu épique, du coup c’est entre parenthèses. Pour ce qui est du festival, le but est de faire des événements ponctuels tout au long de l’année organisés par des gens du festival, à Paris, en Province à Lyon et Bordeaux, et même à l’étranger, entre deux éditions.

 

Paris International Festival Of Psychedelic Music

 4/5/6 Juillet 2014

 à La Machine du Moulin Rouger et à la Plage du Batofar.

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