Apres une constellation de maxis imprégnés d’une ambiance Chien des Baskerville sous acide, Padded Cell repart à la charge les crocs grands ouverts et l’écume aux lèvres avec cet album au groove démoniaque, juxtaposant dub discoïde, electro rétrofuturiste et punk-funk updaté pour aboutir à une alchimie unique en son genre. Le duo londonien (Richard Sen, ex-Bronx Dogs, et Neil Beatnik, ex-Dirty Beatniks) fait table rase des clichés inhérents a la musique de club au kilomètre pour renouer avec la fibre postpunk convulsive qui agitait le New York des années 80 (Dennis Young de Liquid Liquid fait tinter son marimba et ses percussions sur plusieurs morceaux) en y adjoignant des arrangements façonnés par les techniques de pointe du homestudio. Leur groove punk-funk a faire danser les morts est tapissé de bleeps obsédants et de bourdonnements de synthés lugubres, de riffs de guitare décharnés, de balafres de saxophone à la James Chance et de roulis de percussions échevelés. Il suffit d’écouter Savage skulls pour avoir envie de se jeter à corps perdu dans une transe disco narcotique, avec pour escorte une horde de spectres crapuleux évadés d’un giallo rouge sang ou d’un film d’horreur technicolor breveté Hammer. Si les turbines electrofunk fonctionnent à plein régime pour une efficacité optimale, c’est toujours avec une clairvoyance musicale, une consistance et une ambition qui propulsent la dance music vers d’excitants univers néo-psychédéliques, dans une veine proche de Zombie Zombie ou de leurs camarades de label The Emperor Machine, dont les premiers concerts en France (ils étaient vendredi 27 juin à Paris et samedi 28 juin à Toulouse pour Les Siestes Electroniques) sont attendus comme le Messie (lire notre interview).

On se délectera tout autant de la séquelle Death Before Distemper 2, The Revenge of the iron ferret (« Plutôt la Mort que le Spleen, la Revanche du Furet de Fer », excellent titre !), une compilation aux petits oignons pour s’initier aux vertus psychoactives du label, avec une orientation clairement plus rock que la précédente. Tout comme Tarantino recycle les codes en vigueur dans le cinéma de série Z pour les soumettre à une relecture contemporaine de premier choix, les artistes affiliés DC Recordings concoctent des élixirs enivrants à base de vieilles machines analogiques et de retrofuturisme épique, tout en gardant une ligne de mire qui cultive la singularité et l’expérimentation hors-pistes. Se succèdent ainsi le jazz-no wave démantibulé de Booze, énième projet de Milo Smee, batteur de Chrome Hoof et producteur hyperactif (Kruton, Binary Chaffinch, c’est également lui), l’electro-rock lance-roquettes du groupe finlandais And the Lefthanded, quelque part entre Add N to X et les Stooges, ou la dark-disco cinématographique de notre fleuron national Bot’ox (aka Cosmo Vitelli et Julien Briffaz de Tëkël), dont l’hypnotique Crash theme célèbre les noces entre John Carpenter et JG Ballard dans un cocon de tôle froissée. On retrouve aussi les têtes de gondole du label, à commencer par le vétéran Depth Charge et ses synthés tendus, tout droit sortis de la bande-son de New York 1997; Padded Cell pour un morceau de funk downtempo organique, soutenu par le marimba de Dennis Young, sans oublier Emperor Machine et ses interludes façon Library Records. Les outsiders sont là aussi : Kelpe, dont l’electronica aux ondulations organiques réveillent le souvenir de Boards of Canada et l’âge d’or de Warp ; The Oscillation, avec un morceau pop à la basse rondouillette que n’aurait pas renié les Pixies et un remix Hacienda style de Kelpe qu’on préfère oublier. Enfin, on découvre pas mal de nouvelles têtes : Muscleheads, dont la guitare atonale évoque les tous premiers Sonic Youth, dans une version électronique plus sensuelle et moins âpre, The 63 Crayons , qui pousse tellement loin le mimétisme avec Can que ça en devient embarrassant et enfin Astral Manhole Project, un parfait inconnu qui se fond à merveille dans le décor, au risque de passer pour un second couteau trop appliqué. Cette compilation confirme en tout cas ce qu’on avait flairé chez Chro depuis un bout de temps : avec un tel panel de monades sonores, DC Recordings est bien l’un des plus excitants labels du moment.

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