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4
sur 5

Bryn Terfel (Don Giovanni), Michele Pertusi (Leporello), Renée Fleming (Donna Anna), Ann Murray (Donna Elvira). London Voices. London Philharmonic Orchestra, Sir Georg Solti

Ouverture survoltée, anguleuse et presqu’à bout de souffle : jusqu’à la fin, donc, sir Georg sera resté fidèle à sa réputation. D’entrée, on sait que ce Don Juan-là ne sera pas celui des prises de tête métaphysiques ni des fausses questions, mais celui d’un jeune homme octogénaire menant tambour battant la fine fleur des mozartiens d’aujourd’hui.

Même s’il ne déploie ni les courbes sensuelles d’un Concertgebouw (Harnoncourt, Teldec), ni les timbres fruités d’un Chamber orchestra of Europe (entendre le dernier Cosi de Solti), le LPO répond du tac au tac aux intentions ébouriffées du maître, boosté, comme souvent, par les conditions idéales du concert public. Tout est vie, tout est théâtre et frénésie, feu et flamme avant l’ultime descente aux enfers. Plaisir immédiat intense, qu’on espère éprouver, intact, au terme de plusieurs écoutes -tant la concurrence au disque et rude (on pense, notamment, à deux autres live fameux, les Furtwängler et Mitropoulos de la décennie prodigieuse des 50’s).

Mais surtout, quel plateau, quel enchantement vocal ! Qui a dit que personne ne savait plus chanter Mozart depuis Schwarzkopf ou Siepi ? Saxons et Ritals rivalisent ici de beauté sonore, d’engagement et de panache : honneur aux stars, Terfel et Fleming, intouchables, de nos jours, dans ce répertoire -le Gallois campant un Don Giovanni plus grand que nature, l’Américaine aussi décoiffante dans ses fureurs qu’infiniment tendre dans ses épanchements amoureux. Tous les hommes sont quasi idéaux, Pertusi bien sûr, mais on retiendra surtout le nom d’Herbert Lippert, Ottavio de grande classe et d’une indicible beauté -magnifiques duos avec Fleming ! De tout ce cast inespéré, seule Ann Murray se place en retrait – Elvire plutôt prosaïque, les notes lui échappant parfois dans le bas de la tessiture. Seule -légère- ombre au tableau d’un disque si vibrant, si plein d’enthousiasme communicatif qu’on n’oserait parler de testament… Mais le vieux maître a décidé, lui aussi, de saisir la main tendue du funèbre Commandeur…