Le premier album de Marc Morvan (ex-3 guys never in, lauréats du CQFD 2002 et protégés de JD Beauvallet) et Ben Jarry (violoncelliste vu aux côtés de Matt Eliott ou de la Compagnie Rictus, entre autres) a quelque chose d’intelligemment intemporel. Portés par le violoncelle de Ben Jarry, sous l’influence de Steve Reich ou John Cale, et la voix et les arpèges de Marc Morvan, les dix titres d’ Udolpho se livrent dans leur plus simple appareil, c’est-à-dire acoustique et sans effets. Et on pourrait alors tout autant croire que cet album est sorti en 1969 ou en 1989 aussi bien qu’en 2009 si ce n’était quelques structures dont la forme libre – s’émancipant du carcan couplet-refrain / couplet-refrain / pont – vient témoigner d’une digestion-régurgitation plutôt heureuse de l’école post-rock et assimilés. C’est peut-être ce qui permet à ce disque d’être relativement indatable, sur le fond, tout en étant contemporain, sur la forme.

Udolpho, titre éminemment référencé puisqu’emprunté au roman gothique d’Ann Radcliffe, The Mysteries of Udolpho, a tout du disque « littéraire » sans jamais tomber dans le jeu de piste indigeste pour esthète. Le conteur-narrateur est affairé à raconter toutes sortes d’histoires fabuleuses, dans un registre romantico-gothique, où il sera souvent question de princesses et de châteaux, de princes et de crapauds (Some magnificent days)… La voix de Marc Morvan, sorte de Bill Callahan qui se serait échoué en Loire Atlantique, a cette tessiture basse et chaude qui vient se nicher au creux de l’oreille, en confidence (le poignant On your back) quand elle ne badine pas avec l’amour, tel un Stephen Merritt (ce Before you say goodbye, comme un bonus échappé de la somme des 69 love songs) ou qu’elle s’étale « comme le sable morne et l’azur des déserts, insensibles tous deux à l’humaine souffrance » sur le très cinématographique The Photograph of Gerry, prolongement musical du fameux film de Van Sant. Mieux qu’un énième disque folk au songwriting trempé souvent dans l’encre des immortels du genre (Leonard Cohen, Smog… ce genre de farceurs), Udolpho tire sa singularité du mariage des aspirations « classiques » de Marc Morvan avec les dissonances et libertés que le violoncelle de Ben Jarry a puisé dans un background allant de Steve Reich à My Bloody Valentine, en passant par John Cale.

Tentés, à un moment du processus de création du disque, d’ajouter de nobles ingrédients à leur cuisine (cor anglais, vibraphone, trompettes, percussions…), il est heureux que Marc Morvan et Ben Jarry aient plutôt su conserver la formule spartiate qu’ils donnent à entendre sur scène depuis trois ans car une grande partie de la beauté et de la force de ces dix titres vient précisément de cette économie de moyens qui libère l’essence de leur musique plutôt qu’elle ne témoignerait d’un manque d’apparat. On notera, comme seule ouverture dans cette précieuse demeure du XVIII°, la présence du violon inspiré de Carla Pallone (Mansfield Tya) qui vient rappeler l’origine « nanto-nantaise » de ce projet qui pourtant possède une envergure qui dépasse allégrement ces frontières géographiques : un vent écossais souffle sur certains titres (The Magical gloves of K.S.), d’autres semblent s’échapper d’un jardin anglais (The Murder of our neighbor) ou parcourir un désert aussi propre que figuré (The Photograph of Gerry.

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